Immobilier : les loyers augmentent moins vite que l’inflation
Il n’y a pas d’envolée des loyers en France d’après la dernière étude de l’observatoire Clameur. Un document qui constate une baisse de l’entretien amélioration des logements et une inefficacité des dispositifs d’encadrement. En revanche, la mobilité des locataires progresse, un signe de regain d’activité du marché locatif privé.
© Franck Paubel
Les loyers de marché (secteur privé) progressent de 1,4 % pour les baux conclus en 2018 révèle une étude de lobservatoire spécialisé Clameur publiée le 26 mars 2019. Dans le même temps, linflation augmente de 1,8 % daprès lInsee. Une tendance bien installée dans le paysage immobilier français. « Les loyers de marché montent moins vite que linflation depuis plus de dix ans », remarque ainsi Michel Mouillart, professeur déconomie, qui chapeaute létude de Clameur. Selon cette association qui rassemble 28 intervenants dans limmobilier locatif, la hausse des loyers sétablit à 1 % par an entre 2007 et 2018, contre une inflation à 1,2 % par an sur cette même période. En dautres termes et si lon déduit linflation, les loyers français, en moyenne nationale, reculent.
Les loyers ville par ville. Dans son étude de mars 2019, Clameur décortique les loyers dans les 20 villes françaises de plus de 146 000 âmes entre 2013 et 2018. Les résultats sont édifiants. « Dans 70 % dentre elles, les loyers ont baissé ou ont augmenté moins vite que linflation », indique le document. Première au palmarès de la hausse : Villeurbanne (69), où les loyers augmentent de 1,5 % par an sur la période, avec un bond de 6,1 % sur la seule année 2018. A lautre bout du classement, Montpellier reste stable entre 2013 et 2018 mais ses loyers reculent de 1,8 % en 2018. Si Marseille perd 0,1 % sur cinq ans, ses loyers ont augmenté de 3,2 % lan dernier. Comme quoi, la cité phocéenne gagne en attractivité !
Location : la fin dun mythe. Pour Michel Mouillart, les choses sont claires : « il ny a pas de dérapage des loyers en France ». Leur décrochage par rapport à linflation tient à un chômage persistant, à la baisse des revenus des locataires, à labsence de revalorisation des aides au logement, mais aussi à la reprise de laccession à la propriété dès 2015. « Elle a contribué au départ de locataires aux revenus moyens et élevés et à leur remplacement par des candidats moins aisés », note luniversitaire. Face à ces tendances, les bailleurs jouent la prudence et la sécurité de leur opération. Ils modèrent les loyers pour fidéliser leurs locataires et éviter la vacance locative, source de perte de revenus et de travaux plus fréquents, donc de rentabilité en berne.
Loyers : lexception parisienne. Selon Clameur, lencadrement des loyers de la loi Alur na pas eu deffet. Entré en vigueur en août 2015 à Paris et en février 2017 à Lille, il a été retoqué par le Tribunal administratif fin 2017. Or, en 2018, les loyers ont reculé de 0,3% à Lille. Pour autant, ils ont progressé de 2,5% lan dernier à Paris. Une hausse que Michel Mouillart attribue à la baisse de loffre locative traditionnelle au profit de la location touristique de courte durée via des plateformes web. Elle aurait daprès lui provoqué la sortie de 20 000 logements du parc locatif traditionnel de la capitale. Au regard de la très forte demande locative et dune offre de plus en plus réduite, la hausse des loyers parisiens était manifestement inévitable.
Haro sur lencadrement. Et Clameur denfoncer le clou : « les loyers de marché ont baissé ou progressé en dessous de linflation dans plus des trois quarts des petites communes situées en dehors des agglomérations soumises à lencadrement des loyers à la relocation ». Pas besoin dêtre extralucide pour y trouver une logique : nombre de villes petites ou moyennes sont, dans leur très grande majorité, classées dans les zones B2 et C des dispositifs daide au logement, zones qui caractérisent des secteurs dits détendus, avec une offre supérieure à la demande. Personne ne parle dy établir un quelconque encadrement des loyers. Simplement, les bailleurs sont bien conscients de létat de ces marchés locatifs. Ils tablent sur la modération pour trouver un locataire.
Comprendre lencadrement des loyers
Lencadrement des loyers de la loi Alur. Ce dispositif a été appliqué à Paris en 2015 et à Lille en 2017. Le Tribunal administratif la retoqué fin 2017. Son principe : le loyer ne pouvait être fixé quen fonction dune référence (le loyer médian), des majorations ou des minorations pouvant être appliquées selon les caractéristiques du logement. Le mécanisme concernait les premières mises en location, les relocations et les changements de baux. Il devait être rétabli début 2019 à Paris, comme la loi Elan le permet. Une décision qui se fait attendre.
Lencadrement à la relocation. Depuis août 2012, les loyers à la relocation sont encadrés dans 28 grandes métropoles, un dispositif reconduit chaque été depuis sa création et donc toujours valable aujourdhui. Comment ça marche ? Le loyer du nouveau locataire ne peut pas dépasser celui de lancien locataire sauf en cas de gros travaux ou dun loyer manifestement sous-évalué. Pour en savoir plus, consultez notre article sur lencadrement des loyers à la relocation.
Relocation : loyers en baisse. Létude donne lévolution des loyers entre deux locataires. Résultat : une baisse de 0,3 % en 2018, après une perte de 0,7 % en 2017 et de 0,8 % en 2016. Entre 1998 et 2010, ils avaient augmenté de 5,2 % par an. Daprès Clameur, lactuelle tendance baissière sest aussi observée dans des secteurs qui ne sont pas concernés par des dispositifs dencadrement. « Alors que le rythme de linflation sest redressé, on constate des baisses de loyers entre deux locataires de 2 % et plus dans six départements qui ne sont pas classés dans la catégorie des marchés tendus : lAisne, lAube, le Doubs, la Haute-Marne, la Nièvre et lYonne. » Comment pourrait-il en être autrement sur ces secteurs dits détendus, souvent en perte dattractivité ? Pour autant, la question de lencadrement peut aussi se poser à Paris. Dans la capitale, les loyers à la relocation ont augmenté de 2,1 % en 2017, en pleine période dencadrement des loyers de la loi Alur selon lObservatoire des loyers de lagglomération parisienne
De moins en moins de travaux. Reste que Clameur détecte un vrai problème : « leffort dentretien amélioration sétablit à 13,3 % pour lannée 2018 ». En clair : seuls 13,3 % des logements remis sur le marché locatif ont fait lobjet de gros travaux, soit 4 % du parc locatif privé total selon les estimations de Michel Mouillart. « Ce chiffre na jamais été aussi bas », pointe létude. Laquelle de préciser que la moyenne 1998/2018 sétablit à 21,5 % et dépassait les 30 % entre 2008 et 2011. « Sur une grande partie du territoire, les loyers sont trop faibles pour assurer léquilibre financier des opérations ( ). Le constat est inquiétant pour lavenir avec une dégradation de la qualité du parc et une détérioration des conditions de logement », avertit létude.
Logement : capacité à rénover. Pour Michel Mouillart, le niveau du loyer impacte directement la capacité des bailleurs à remettre en état leurs logements, une situation aggravée par une certaine instabilité fiscale et réglementaire. « A Paris, avec un loyer moyen de 26 € du mètre carré, le taux deffort dentretien amélioration monte à 25 % » calcule-t-il. « Il descend à 15 % dans des villes comme Marseille, Nice, Lyon, Bordeaux, Nantes ou encore Cannes, là où les loyers tournent autour de 12 € du mètre carré. » La situation est bien plus problématique dans les villes moyennes. Leffort dentretien amélioration tombe à 8,8 % à Dôle (39), à 6,7 % à Brest (29), à 6,1 % à Châtellerault (86) et même à 5,6 % à Dax (40). Dans ces villes, le loyer au mètre carré varie de 7,8 à 9 €.
Des locataires plus mobiles. Reste une bonne nouvelle : lactivité du marché locatif repart. Le taux de mobilité résidentielle, autrement dit la proportion de locataires qui ont changé de logement pour signer un nouveau bail, monte à 30,2 % en 2018. Il sétablissait à 28,4 % en 2017 et à 29,9 % en 2016. Il frôle le niveau de 2015 (30,8 %), qui fut le meilleur de la décennie. Et il passe au-dessus de la moyenne de longue période (28,7 %). « Le taux de mobilité résidentielle a retrouvé son niveau du début des années 2000 », indique létude de Clameur. Laquelle ne dit rien sur un point qui pourrait paraître évident : et si la hausse de la mobilité résidentielle, synonyme de regain dactivité du marché locatif, était simplement la conséquence de la modération des loyers ?
Pour en savoir plus sur les loyers
Nous vous proposons de nombreux dossiers sur les questions locatives. A commencer par l'incontournable Comment fixer le loyer d'un logement. Si vous êtes dans la capitale, consultez Fixer le loyer à Paris. A consulter également : les critères de choix du locataire. Pour une bonne gestion, vous pouvez lire notre dossier sur les charges locatives. Nous n'avons pas oublié les locataires. Vous pouvez par exemple consulter Le loyer en zone tendue, Locataire : qui signe le bail, ou encore, pour convaincre votre bailleur, notre article Locataires : constituez un bon dossier.
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