Crédit immobilier : qui profite vraiment des meilleurs taux ?
Mi-2021, les taux des prêts immobiliers battent tous les records à la baisse. Certains emprunteurs tirent pleinement parti de ces excellentes conditions de financement, mais d’autres sont carrément exclus du crédit !
© Porcorex/Getty Images
Les taux immobiliers, tout le monde en parle. Et pour cause : ils nont jamais été aussi bas. La moyenne brute (hors assurances et garanties) toutes durées confondues est tombée à 1,06 % en juin selon lObservatoire du financement Crédit Logement/CSA. Ce même taux immobilier hors assurances et coût des garanties sétablissait à 1,15 % en décembre dernier. Cest un recul de neuf points de base en six mois et de vingt et un points de base en un an. Pourquoi l'argent est-il si bon marché ? « Les banques continuent daméliorer les conditions des emprunts octroyés, afin de soutenir la demande de crédits immobiliers des particuliers », répond lObservatoire Crédit Logement/CSA. Et cette demande est particulièrement forte, comme le montre le dynamisme du marché de l'ancien (1 130 000 transactions sur un an à mai 2021, un sommet jamais atteint par le passé).
Braderie sur les taux. La baisse se retrouve sur toutes les durées. Sur vingt ans, la moyenne brute tombe à 0,99 % au deuxième trimestre 2021 (1,10 % en décembre 2020). Même les crédits immobiliers au long cours reculent : sur vingt-cinq ans, la moyenne brute sétablit à 1,18 % en juin 2021, contre 1,35 % en décembre dernier. Les plus beaux profils (clients à hauts revenus avec du patrimoine et un bel apport), quant à eux, ont décroché des conditions canons le mois dernier, avec des planchers à 0,78 % brut sur vingt ans et à 0,95 % brut sur vingt-cinq ans.
Allonger pour emprunter. En atteignant 237 mois en juin 2021, la durée des crédits immobiliers na « jamais été aussi longue », note lObservatoire. 55,9 % des prêts sont compris entre plus de vingt ans et vingt-cinq ans. Raison de cet autre record : la hausse des prix de limmobilier. Contraints demprunter davantage, les acquéreurs étirent la durée pour cantonner leur taux deffort en dessous de 35 % de leurs revenus sans dépasser la durée plafond de vingt-sept ans, comme le veut le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF). Une autre preuve que les banques soutiennent la demande.
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Banques cherchent clients. Cette politique accommodante a toujours cours en juillet. Habituellement, les banques remontent un peu leurs taux en été pour freiner la demande et assurer le traitement des dossiers pendant les vacances, effectifs réduits obligent. Or en juillet 2021, « les taux ont légèrement reculé, de lordre de 0,01 à 0,04 % », signale le courtier Pretto. « Ces baisses sont le reflet dune volonté de certaines banques de continuer à capter des dossiers de financement y compris durant lété », ajoute Cécile Roquelaure, directrice des études du courtier Empruntis.
Capacité financière. Les taux ultra bas daujourdhui élargissent les possibilités des candidats à lachat immobilier. Ils peuvent emprunter davantage et/ou diminuer leur mensualité, notamment pour respecter plus facilement les recommandations du HCSF. Bref, les ménages en quête de pierre ont les moyens darriver à leurs fins. Lindice de finançabilité créé par Pretto augmente de dix points entre mai 2020 et mai 2021. Ensuite, il se stabilise pour les résidences principales, monte dun point pour linvestissement locatif et de trois points pour la résidence secondaire.
Crédit : les taux immobiliers au 23 juillet 2021
- 7 ans : de 0,20 à 1,55 %. Moyenne à 0,65 %.
- 10 ans : de 0,40 à 1,70 % Moyenne à 0,70 %.
- 15 ans : de 0,60 à 1,90 %. Moyenne à 0,90 %.
- 20 ans : de 0,65 à 2,10 %. Moyenne à 1,05 %.
- 25 ans : de 0,90 à 2,30 %. Moyenne à 1,20 %.
Sources : Empruntis, Cafpi, Meilleurtaux, Emprunt Direct au 23 juillet 2021. Taux bruts (hors assurances et garanties) fournis à titre indicatif. Le taux dun crédit immobilier est fixé au cas par cas par les banques en fonction du profil de lemprunteur et des caractéristiques de son dossier. A noter : les meilleurs dossiers (hauts revenus, bel apport, etc.) peuvent décrocher des conditions exceptionnelles, mais les emprunteurs standard bénéficient, eux aussi, de taux très attractifs, aux alentours de 1 % sur la plupart des durées.
Apport obligatoire. La bonne volonté des banques a pourtant des limites. Témoin lapport personnel. Au premier semestre 2021, il augmente de 12,6 % par rapport à la même période de 2020 après une progression de 10,7 % lan dernier, note Crédit Logement/CSA. Chez Cafpi, lapport moyen compte pour 16,6 % du projet chez les primo-accédants (+ 0,5 % entre le premier et le deuxième trimestre 2021) et 20,7 % chez les secundo-accédants (+ 1,4 %). « Emprunter avec moins de 10 % dapport hors frais de notaire est pratiquement impossible », indique Philippe Taboret, directeur général adjoint de Cafpi.
Crédit : réduire les risques. Pour les banques, cette question relève avant tout dune logique de garanties et de réduction des risques. « Avec de lapport personnel, le crédit ne couvre pas toute la dette immobilière, ce qui permet à lemprunteur de rembourser son dû en cas de revente urgente avec décote, limitant le danger de perte sèche pour les banques », analyse Ludovic Huzieux, co-fondateur dArtemis Courtage. Injecter des fonds propres, cest aussi un bon moyen de limiter la durée à vingt-cinq, voire vingt-sept ans et de respecter la règle des 35 % de taux deffort du HCSF.
Conditions d'emprunt : tour de vis. Lapport nest pas le seul concerné et rien néchappe aux banques. Pas question demprunter avec des comptes dans le rouge. Découverts, incidents de paiements, avis à tiers détenteur et fichage Banque de France sont à proscrire. Le reste à vivre doit rester raisonnable, tout comme le saut de charges (différence entre loyer actuel et future mensualité pour les acheteurs locataires). Mieux vaut solder les crédits conso et disposer dune épargne résiduelle comptant pour trois à six mois de mensualité avant de déposer la demande de prêt immobilier.
Sécurité de lemploi. Côté situation professionnelle, les banques privilégient les CDI. Les autres (indépendants, libéraux, etc.) doivent démontrer la stabilité de leurs revenus sur les trois dernières années. En cas de chômage partiel, les banques demandent une attestation de retour au travail. Elles sassurent de la solidité de lemployeur en consultant le Fichier bancaire des entreprises (FIBEN). « Lemployabilité, la capacité à retrouver du travail en cas de perte demploi, est prise en compte », avertit Julie Bachet, directrice générale du courtier Vousfinancer.
Crédit : qui est exclu ? Ces conditions strictes laissent certains emprunteurs sur le carreau. Les primo-accédants modestes, avec très peu dapport, se voient appliquer des taux élevés. Des ménages qui gagnent moins de 35 000 par an avec moins de 10 % dapport empruntent sur vingt-cinq ans, à 1,80 % brut, voire davantage. Compte tenu des autres postes de leur prêt (assurance, garanties, frais de dossier, etc.), leur taux annuel effectif global (TAEG ou taux tout compris) peut dépasser le taux de lusure, ce qui est interdit et mène au rejet de la demande.
Emprunteurs à risques. Cet écueil du taux de lusure peut aussi faire échouer les projets des seniors ou de personnes présentant un risque de santé. Pour ces emprunteurs, le coût de lassurance décès-invalidité peut dépasser 1, voire 1,20 % du capital emprunté, contre 0,25 à 0,30 % pour un non-fumeur de moins de trente-cinq ans (tarifs des contrats groupe des banques). La question devient dautant plus sensible que le taux de lusure a baissé : pour le troisième trimestre 2021, il sétablit à 2,48 % pour les crédits de plus de vingt-cinq ans, contre 2,60 % au deuxième trimestre
Et les investisseurs ? Ceux qui comptent acheter pour louer ne sont pas épargnés. Pour cette catégorie demprunteurs, les banques demandent 10 % dapport personnel, mais aussi une épargne résiduelle pour faire face à des dépenses imprévues (travaux notamment) et au risque dimpayé de loyer, qui peut fragiliser les remboursements. Elles vont se pencher sur l'emplacement, mais aussi sur le dynamisme du marché immobilier pour sassurer de la demande locative et du tonus des prix. Et les banques préfèrent ceux qui disposent déjà dun patrimoine, ce dernier les rassurant.
Contourner le HCSF. Surtout, les investisseurs doivent faire face aux recommandations du HCSF et notamment à la nécessité de ne pas dépasser 35 % de taux deffort. Or les banques, dans le calcul de la capacité dendettement, tiennent compte des autres prêts, ce qui peut conduire au dépassement du seuil de 35 %... Pour autant, rien nest perdu. 20 % des dossiers de prêt peuvent déroger aux recommandations du HCSF, ce qui vaut pour le financement de linvestissement locatif et plus encore pour celui de laccession à la propriété. Aux emprunteurs de rassurer les prêteurs pour profiter de cette fenêtre de tir.
Emprunteurs séducteurs. On laura compris : « la vraie question, ce nest pas le taux dintérêt, mais les critères doctroi des crédits », comme le résume Maël Bernier, directrice de la communication du courtier Meilleurtaux.com. Bref, il faut réussir à convaincre les banques de prêter « Pour maximiser leurs chances de décrocher leur financement, les acquéreurs doivent avant tout comprendre le raisonnement des banques : pour elles, lemprunteur est un placement qui doit allier sécurité et rentabilité », remarque Didier Laporte, dirigeant dUniversal Broker Services.
Rassurer la banque. Les comptes bancaires seront purgés des découverts et des crédits conso au moins trois mois avant de constituer le dossier. Les indépendants et les libéraux fourniront leurs justificatifs de ressources sur les trois dernières années. Côté apport, les économies, la participation aux bénéfices ou la solidarité familiale (donations) seront mobilisées. Un point complet sera effectué sur la situation professionnelle. Le bon plan : rassembler toutes les pièces du dossier en amont pour être fin prêt le moment venu.
Produits financiers. Lemprunteur domiciliera ses comptes chez la banque prêteuse pour profiter de conditions préférentielles. Si la vente liée est interdite, lachat de services (assurance multirisque habitation, carte bancaire) ou de produits financiers comme des livrets dépargne va faciliter lobtention du crédit et faire un peu baisser le taux. Un système dautant plus intéressant pour la banque quavec un taux très bas, lemprunteur naura aucun intérêt à partir chez un autre prêteur pour obtenir de meilleures conditions.
Le bon assureur. Quant à lassurance emprunteur, lobjectif, cest de faire baisser le coût notamment pour rester en dessous du taux de lusure. Cest possible en choisissant un autre assureur que celui des banques (loi Lagarde). Mais nombre dentre elles rechignent à lidée de déléguer. « Elles margent en moyenne 50 à 80 % sur leur assurance malgré une concurrence deux à quatre fois moins chère », pointe Astrid Cousin, porte-parole de Magnolia.fr. « Souvent lemprunteur, qui craint de voir son prêt refusé, na pas dautre choix que de prendre le contrat groupe du prêteur, au prix fort. »
Assurance : solutions. Certaines banques acceptent la délégation dassurances, dautres ont créé leur propre délégation. Il faut donc faire jouer la concurrence. Autre option : sassurer à 50 % sur chaque tête plutôt quà 100 %, mais cest plus risqué pour les emprunteurs. Malin : « lemprunteur accepte loffre de la banque et une fois le prêt accordé, il change dassurance dans lannée qui suit la signature, ce qui est légal grâce à la loi Hamon », conseille Emilie Ruben, responsable marketing et communication chez lassureur Securimut.
Bon plan pour emprunter. Quil sagisse de taux, de critères de crédit ou dassurance décès-invalidité, la meilleure solution, cest de sy prendre bien en amont. Lemprunteur avisé, avant de lancer son projet immobilier, consultera sa banque ou un courtier pour vérifier quil cadre avec les critères de prêt et quil est bien finançable. Dailleurs, les courtiers communiquent beaucoup sur leurs études de faisabilité, des documents qui rassurent aussi bien lacquéreur que le vendeur. Enfin, une fois le logement trouvé, mieux vaut tenir compte de délais qui sallongent en mentionnant, dans le compromis de vente, soixante jours pour obtenir le crédit.
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