Loi Ripost  : une expulsion accélérée des squatteurs sauf...

Cécile Nlend
Publié par Cécile Nlend
le 21 septembre 2026
Juriste chez PAP.fr

Un voyageur entre régulièrement dans un meublé de tourisme, dans le cadre d’une réservation en bonne et due forme. Mais à la fin du séjour, il refuse de partir. Jusqu’à présent, le propriétaire n’avait qu’un seul recours : saisir le juge, une procédure longue et coûteuse, pendant que le logement reste bloqué. La loi Ripost facilite désormais l'expulsion des occupants indélicats.

Ce dispositif ne s'applique pas aux locations relevant de la loi du 6 juillet 1989.
Ce dispositif ne s'applique pas aux locations relevant de la loi du 6 juillet 1989. © Catherine Falls Commercial-GettyImages

📌 En résumé

La procédure d'expulsion suppose au préalable le dépôt d’une plainte et un constat d’occupation illicite par un commissaire de justice

Nouvelle procédure Évacuation via le préfet, sans passer par le juge
Condition déclenchante Maintien dans les lieux après fin du contrat suffit
Limite Volet pénal censuré par le Conseil constitutionnel

La loi n° 2026-798 du 18 août 2026, dite loi Ripost étend aux meublés de tourisme la procédure administrative d’évacuation forcée prévue par l’article 38 de la loi DALO (n° 2007-290 du 5 mars 2007), jusqu’ici réservée aux logements squattés au sens classique.

Ce que change concrètement la loi pour les meublés

Avant la réforme, deux conditions cumulatives étaient exigées pour déclencher la procédure accélérée :

  1. Une entrée irrégulière dans les lieux ;
  2. Et une occupation illicite durable.

La loi Ripost remplace ce cumul par une alternative. Il suffit désormais que l’occupant se maintienne dans les lieux après l’expiration de son contrat de location, même s’il y était entré légalement.

👉Concrètement, le propriétaire peut désormais

  • Déposer plainte pour occupation illicite ;
  • Apporter la preuve de son droit de propriété ;
  • Faire constater l’occupation par un commissaire de justice ;
  • Saisir le préfet, qui peut mettre l’occupant en demeure de partir puis ordonner l’évacuation par la force publique.

Le détail censuré qui change tout

C’est là que l’histoire se corse. La loi Ripost prévoyait initialement un second levier : transformer ce simple maintien dans les lieux en délit pénal spécifique, avec des peines de prison à la clé.

Dans sa décision n° 2026-915 DC du 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a validé l’extension de la procédure administrative aux meublés de tourisme, mais a censuré le volet pénal. Résultat : le propriétaire dispose bien d’une voie d’évacuation rapide, sans juge, mais l’occupant récalcitrant n’encourt pas de sanction pénale spécifique pour son maintien dans les lieux.

👉Le cas de Karim, propriétaire à Nice

Karim loue un studio en bord de mer via une plateforme de réservation. Un client réserve trois nuits, mais reste bloqué douze jours, invoquant tour à tour un problème de santé puis un vol de papiers. Avant la loi Ripost, Karim aurait dû attendre une décision de justice, avec plusieurs semaines, voire mois, de procédure.

Avec le nouveau dispositif, il peut porter plainte, faire constater l’occupation, puis saisir directement le préfet pour obtenir une évacuation forcée, sans passer par le tribunal.

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⚠️ tous les logements ne sont pas concernés

Ce dispositif ne s’applique pas aux locations d’habitation nues ou meublées relevant de la loi du 6 juillet 1989. Pour un locataire classique qui se maintient dans les lieux après la fin d’un bail d’habitation, le propriétaire doit toujours engager une procédure judiciaire classique. La mesure vise en revanche aussi les locaux commerciaux, agricoles ou professionnels occupés illicitement, à condition qu’il ne s’agisse pas d’un domicile.

En résumé

En clair, la loi Ripost offre aux propriétaires de meublés de tourisme un raccourci bienvenu pour récupérer leur bien, mais sans l’arsenal pénal initialement promis contre les occupants récalcitrants.

Avant la loi Ripost Depuis le 20 août 2026
Entrée irrégulière ET occupation durable exigées Simple maintien après expiration du contrat suffit
Seule voie : saisine du juge Voie administrative accélérée via le préfet possible
Meublés de tourisme exclus du dispositif DALO Meublés de tourisme intégrés à l’article 38
Volet pénal envisagé Volet pénal censuré par le Conseil constitutionnel

👉Ce qu’il faut retenir

Le dispositif reste encadré : dépôt de plainte, preuve de propriété, constat d’huissier puis saisine du préfet restent des étapes obligatoires. Pour les locations nues ou meublées classiques soumises à la loi de 1989, rien ne change : la voie judiciaire demeure la seule option. Les propriétaires de meublés de tourisme, eux, gagnent un outil réellement opérationnel, mais devront composer avec l’absence de sanction pénale dissuasive.

Sources : loi n° 2026-798 du 18 août 2026 (JO du 19 août 2026) ; article 38 de la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ; décision du Conseil constitutionnel n° 2026-915 DC du 14 août 2026.

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