Location meublée touristique à Paris : télédéclaration obligatoire

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22 Octobre 2020 - A Paris, toute location ou sous-location touristique doit faire l'objet d'une « télédéclaration » par internet. Le numéro d’enregistrement obtenu doit figurer dans les annonces immobilières sous peine de lourdes amendes. La justice européenne vient de valider cette règlementation.

Pour mieux encadrer - et limiter - l’offre de meublés touristiques à Paris, la Mairie a mis en place un système de déclaration préalable soumise à enregistrement qui s’impose depuis le 1er décembre 2017. Cette volonté de régulation s’explique par les effets pervers induits par l’essor des locations saisonnières dans la capitale.
Contestée par certains bailleurs et certaines plateformes, la réglementation française vient d'être validée par la justice européenne.

La télédéclaration obligatoire pour toutes les locations saisonnières à Paris

Pour louer ou sous-louer un logement à Paris « à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile », bref essentiellement à des vacanciers qui recherchent une location saisonnière, le loueur doit faire une déclaration préalable soumise à enregistrement par « téléservice », c'est-à-dire par internet sur un site dédié. Cette déclaration doit mentionner certaines informations relatives au loueur (identité et coordonnées), au logement meublé (adresse précise, nombre de pièces, de lits, classement éventuel) et à son usage (résidence principale ou non du loueur).

Une fois faite, la déclaration permet la délivrance immédiate au loueur d’un numéro d’enregistrement qui doit obligatoirement figurer dans l’annonce de location publiée sur internet, sur papvacances.fr par exemple.
Cette procédure s’impose :

  • que le loueur soit propriétaire ou locataire du logement loué/sous-loué meublé à des touristes ;
  • que le logement loué/sous-loué à des touristes constitue ou non la résidence principale du loueur.

Échappent en revanche à l'obligation de télédéclaration :

  • la location de chambres d’hôtes. Ce type d'hébergement à la nuitée, caractérisé par des prestations para hôtelières comme le petit-déjeuner, fait déjà l'objet d'une déclaration spécifique en mairie ;
  • le fait de louer à des touristes une partie seulement de sa résidence principale.

S'agissant de la sous-location saisonnière, rappelons que le locataire doit, au préalable, obtenir obligatoirement une autorisation écrite de son propriétaire comme le prévoient les contrats de location…et qu’il ne doit pas en tirer profit puisque le « loyer » demandé au sous-locataire ne doit pas excéder celui qu’il règle à son propriétaire. A défaut d'autorisation, le locataire risque la rupture du bail et l'expulsion ainsi que le remboursement des sommes perçues !

Cette procédure de télédéclaration, gratuite, se suffit à elle-même lorsque le logement constitue la résidence principale du loueur et que la location/sous-location à des touristes n’excède pas 120 jours par année civile.
En revanche, au-delà de 120 jours/an pour une résidence principale et dans tous les cas si le logement constitue la résidence secondaire du loueur, la télédéclaration doit toujours s’accompagner de la très lourde, très complexe et très coûteuse procédure de changement d’usage.

Par ailleurs, si la location saisonnière de très courte durée est la principale visée, en réalité toute location/sous-location à usage de résidence secondaire doit faire l'objet d'une télédéclaration : c'est par exemple le cas si vous louez votre logement trois mois à une personne venue à Paris pour des soins médicaux. En revanche, la signature d'un bail mobilité ne nécessite ni télédéclaration, ni changement d'usage.

Enfin, rappelons que la location saisonnière doit également être compatible avec le règlement de copropriété ; c’est le plus souvent le cas mais dans un immeuble de grand standing, une clause l’interdisant est valable.

Impôts et taxes. N'oubliez pas que louer en saisonnier entraîne systématiquement pour le bailleur des obligations fiscales et, pour ceux qui génèrent plus de 23.000 €/an de recettes, des obligations sociales (paiement de cotisations sociales). Par ailleurs, le bailleur doit reverser la taxe de séjour collectée auprès des vacanciers. Sur la fiscalité des locations touristiques, vous pouvez consulter notre article Les revenus des locations saisonnières.

Les raisons de la surveillance des locations saisonnières à Paris

Ces dernières années, le développement important (environ 3 % des logements parisiens sont concernés) et anarchique de l’offre de meublés touristiques à Paris pose de nombreux problèmes. En effet :

  • c’est un facteur aggravant de la crise du logement : diminution des surfaces de logement pour les résidents, hausse des prix et loyers pourtant déjà exorbitants... ce qui chasse les classes moyennes de la capitale et y menace donc la mixité sociale. L'essor des locations touristiques est d'ailleurs une raison majeure de la baisse du nombre d’habitants à Paris ;
  • c’est une concurrence, jugée déloyale, à l’hôtellerie professionnelle ;
  • c’est un facteur de discorde dans les copropriétés : les troubles de voisinage causés par certains touristes indisposent les habitants ;
  • c’est un phénomène qui transforme, pas forcément en bien, la sociologie et l’ambiance des quartiers les plus touchés (le centre de Paris).

Les logements consacrés exclusivement à la location touristiques seraient environ 30.000 dans la capitale.

De très lourdes sanctions en cas de location saisonnière frauduleuse

Face à l’urgence du problème (plusieurs dizaines de milliers de logements concernés), des mesures ont déjà été prises (mise en place et renforcement de la procédure de changement d’usage) et les contrôles et sanctions se sont récemment multipliés. Malgré ce volontarisme, le phénomène des locations touristiques ne s’est pas essoufflé et c’est pour cette raison que la mairie mise sur le système de la télédéclaration/numéro d’enregistrement, couplé à la vigilance des sites internet, pour le juguler.
Enfin, pour rendre la règlementation effective, de lourdes sanctions ont été mises en place... et sont appliquées !

Une amende de 5.000 € en l'absence de numéro d'enregistrement

Le seul fait de ne pas respecter la procédure de télédéclaration, c'est-à-dire de proposer à la location un meublé touristique à Paris sans numéro d'enregistrement, est passible d'une amende de 5.000 €.

Une amende de 10.000 € en cas de location au-delà de 120 jours/an

Si un propriétaire/locataire loue/sous-loue sa résidence principale à des touristes au-delà de 120 jours au cours d'une même année civile, il est passible d'une amende de 10.000 €.

Une amende de 10.000 € en cas de non-transmission des informations demandées

La commune peut, jusqu'au 31 décembre de l'année suivant celle au cours de laquelle un meublé de tourisme a été mis en location, demander au loueur de lui transmettre le nombre de jours au cours desquels ce meublé a été loué. Le loueur doit alors transmettre ces informations dans un délai d'un mois, en rappelant l'adresse du meublé et son numéro de déclaration.
Si le loueur ne se conforme pas à cette obligation, il est passible d'une amende de 10.000 €.

Une amende de 50.000 € en cas de location saisonnière illégale

Au-delà de la télédéclaration, rappelons que le loueur doit en plus obligatoirement effectuer le changement d'usage du logement si celui-ci constitue pour lui une résidence secondaire ou si celui-ci constitue sa résidence principale et qu'il veut la louer plus de 120 jours/an.
Si cette démarche de changement d'usage, lourde, complexe et coûteuse n'est pas réalisée, le loueur risque très gros :

  • une amende civile de 50.000 € par logement irrégulièrement loué en saisonnier ;
  • une astreinte de 1.000 € par jour et par mètre carré du logement irrégulièrement loué en saisonnier jusqu'au retour à l'usage d'habitation principale si le loueur tarde à cesser la location illégale.

Un an de prison et 80.000 € d'amende en cas de fausse déclaration

Attention aux fausses déclarations ! Faire sciemment de fausses déclarations ou, à l'aide de manœuvres frauduleuses, dissimuler ou tenter de dissimuler les locaux soumis à déclaration, est passible d'un emprisonnement d'un an et d'une amende de 80.000 €.

Les plateformes sous surveillance. Tout comme les particuliers, les sites internet qui proposent des annonces de locations touristiques doivent respecter la règlementation et notamment publier des annonces mentionnant le numéro d'enregistrement. A défaut, le site est passible d'une amende civile de 12.500 € par annonce frauduleuse. 

Des sanctions appliquées et des loueurs lourdement sanctionnés

La Mairie de Paris dispose d'une équipe d'une trentaine d'agents assurant le contrôle de la réglementation, notamment par la surveillance des sites internet et des opérations « coup-de-poing » sur le terrain lors desquelles est vérifié l’usage du logement.
Environ 5.000 logements sont contrôlés chaque année et les loueurs en infraction (ceux, nombreux, qui louent sans respecter la procédure de changement d'usage lorsqu'elle est obligatoire) sont poursuivis…et sévèrement condamnés par la justice ! Ian Brossat, adjoint à la Maire de Paris, en charge du logement, écrivait le 9 janvier 2019 « le logement n'est pas un bien comme un autre. Nous ne pouvons donc accepter que des appartements soient détournés de leur vocation initiale et transformés en hôtels clandestins toute l'année ». Il annonçait qu'en 2018, plus de 2.100.000 € d’amendes avaient été prononcés contre des propriétaires fraudeurs, contre 1.300.000 € en 2017.
En 2019 les amendes ont été moins nombreuses du fait de la suspension des sanctions dans l'attente de la décision de la CJUE et elles seront encore beaucoup moins nombreuses en 2020 du fait de l'effondrement du tourisme et des voyages d'affaires à cause de la pandémie de Covid 19.
Du fait de la répression et de la difficulté à louer, certains propriétaires renoncent d'ailleurs à la location touristique. Le combat contre les locations touristiques illégales n'est toutefois pas pour autant terminé, loin de là !

La réglementation française est bien conforme au droit européen. Appliquée à Paris mais aussi dans un nombre croissant de communes, la législation limitant la faculté de louer un logement sur une courte période est au cœur d’un maelstrom judiciaire tant les contentieux sont nombreux. La règlementation française, appliquée dans sa version la plus restrictive à Paris, vient toutefois d'être largement confortée par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). Elle a jugé dans un arrêt du 22 septembre 2020 :

  • que « la réglementation en cause est justifiée par une raison impérieuse d’intérêt général » (la lutte contre la pénurie de logements destinés à la location de longue durée) ;
  • que « la réglementation en cause est proportionnée à l’objectif poursuivi, en ce que celui-ci ne peut pas être réalisé par une mesure moins contraignante, notamment parce qu’un contrôle a posteriori interviendrait trop tardivement pour avoir une efficacité réelle ».

Conséquence de cet arrêt, les sanctions prononcées contre les loueurs, suspendues depuis une décision du TGI de Paris du 17 janvier 2019 dans l'attente de la position de la CJUE, soit plus de 300 dossiers, devraient de nouveau être exécutées...et les amendes réclamées et recouvrées.
La mairie de Paris, qui n'a jamais cessé les contrôles et les poursuites, tant envers les particuliers qu'envers les plateformes, s'est bien évidemment félicitée de cet arrêt. Attention néanmoins : le juge français devra lui-aussi se prononcer sur la validité de la réglementation...

Des contrôles sur place légaux mais avec l'accord de l'occupant ! Saisi d'une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel a décidé le 5 avril 2019 que le droit de visite des meublés de tourisme par les agents assermentés du service municipal du logement était légal mais a censuré la disposition de la loi le permettant même en cas de refus ou d'absence de l'occupant. Dorénavant, dans l'hypothèse du refus ou de l'absence de l'occupant, pour se faire ouvrir les portes et visiter les lieux, les agents municipaux devront y avoir été préalablement autorisés par le juge. La constitution est sauvegardée...mais les contrôles y perdront sans doute en efficacité.

D'autres villes concernées ! De plus en plus de communes, grandes ou petites, urbaines ou touristiques, mettent en place une réglementation proche de celle de Paris. Pour en savoir plus, notre article : Votre location saisonnière nécessite-t-elle une autorisation ?

Sources :

Pour passer votre annonce de location saisonnière en toute tranquillité, à Paris ou partout ailleurs dans le monde, utilisez notre site papvacances.fr

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