Travaux de plus de 21 jours : pouvez-vous exiger une réduction de loyer ?

Nathalie Giraud
Publié par Nathalie Giraud
le 11 mars 2026
Juriste chez PAP.fr

Travaux urgents, d’amélioration énergétique... Le locataire doit permettre l'accès même si cela le gêne temporairement. Mais si les travaux durent plus de 21 jours la loi prévoit une diminution de loyer : un droit trop souvent ignoré. On vous dit tout !

Au-delà de 21 jours de travaux, une baisse de loyer est due au prorata.
Au-delà de 21 jours de travaux, une baisse de loyer est due au prorata. © Krezodent/Shutterstock

📌 En résumé

En cas de travaux de réparation urgents, le locataire doit les « souffrir » même si cela est pénible : on ne peut pas s’y opposer uniquement parce que ça gêne.

Réparations urgentes (même gênantes)Doit les « souffrir » : pas de refus possible au seul motif de la gêne
Travaux qui durent plus de 21 joursDroit à une baisse de loyer proportionnelle à la durée et à la partie du logement indisponible
Travaux rendant inhabitable le logementRésiliation du bail

Jusqu’à 21 jours : la gêne fait partie des aléas « normaux » de la location

Pendant une location, certains travaux sont parfois nécessaires (fuite, chaudière, électricité, mise aux normes, ravalement…). Quand ils concernent l’entretien normal du logement ou une réparation indispensable, ils peuvent avoir lieu même si cela gêne un peu au quotidien (article 7e de la loi du 6 juillet 1989).

👉Côté locataire : ce qu’on attend de vous

En pratique, vous devez :

  • Laisser l’accès au logement ;
  • Accepter les passages des artisans ;
  • Supporter une gêne temporaire (bruit, poussière, coupures ponctuelles, pièces moins utilisables).

👉Côté propriétaire : ce qu’il doit faire avant de commencer

Avant le début des travaux, le propriétaire doit vous informer. L’article 7e de la loi du 6 juillet 1989 précise : « Avant le début des travaux, le locataire est informé par le bailleur de leur nature et des modalités de leur exécution par une notification de travaux qui lui est remise en main propre ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. »

Aucun délai minimum n’est imposé par le texte mais l’information doit être donnée dans un délai raisonnable.

Le bailleur doit surtout préciser la nature et les modalités des travaux, notamment

  • La nature des travaux (ce qui est fait et pourquoi) ;
  • La période prévue (dates ou au moins une plage d’intervention) ;
  • Les modalités d’accès (jours, horaires, besoin de clés, présence du locataire ou non) ;
  • Les contraintes possibles (bruit, poussière, coupures d’eau/électricité/chauffage, zones inutilisables).

⚠️ Aucun chantier ne peut être imposé les samedis, dimanches et jours fériés sans votre accord.

La boîte à outils du propriétaire

Modèle de lettre : Demande du propriétaire de faire des travaux chez le locataire

Au-delà de 21 jours : une baisse de loyer devient due (au prorata)

👉Au-delà de 21 jours, le loyer peut être réduit

Le droit à réduction de loyer lorsque des travaux privent le locataire d’une partie du logement pendant plus de 21 jours résulte de l’article 7e de la loi du 6 juillet 1989, qui renvoie expressément aux deux derniers alinéas de l’article 1724 du Code civil. La baisse se calcule au prorata :

  • Du temps (durée réelle des travaux) ;
  • Et de la partie du logement dont le locataire a été privé (une pièce, une salle de bains, l’accès à l’eau chaude, etc.).

Pour « au prorata » , il n’existe pas de formule légale unique : on fait un calcul indicatif basé sur la durée et sur l’importance de la privation de jouissance.

👉Le prorata « dans le temps »

On ne retient que les jours réellement impactés : ceux où une pièce est inutilisable, où il y a une coupure (eau, électricité, chauffage), ou une impossibilité d’usage normale. Pour raisonner simplement, on transforme le loyer mensuel en loyer journalier : loyer / 30.

👉Le prorata « sur la partie du logement »

Pour estimer la part de logement perdue, on peut partir :

  • Soit de la surface : surface indisponible / surface totale (Ex. : 12 m² indisponibles dans 60 m² soit 20 %)
  • Soit du nombre de pièces : pièces indisponibles / pièces totales (Ex. : 1 pièce inutilisable dans un T3 soit 1/3 soit environ 33 %)

On peut ajuster si la pièce est essentielle : cuisine / salle de bains, surtout s’il n’y a pas d’alternative.

Grille indicative de pourcentages de gêne

Elle n’a pas de valeur officielle (ce n’est pas un barème légal) : elle sert surtout de repère pratique pour estimer une indemnité ou une baisse de loyer, en fonction de la gravité de la gêne, de sa durée réelle et de l’existence (ou non) d’alternative.

Niveau de gêne Taux indicatif + exemples
Faible 5 à 10 % : bruit/poussière ponctuels, interventions courtes, logement pleinement utilisable
Modérée 10 à 20 % : accès limité à certaines heures, gêne régulière mais vie normale possible
Importante 20 à 35 % : une pièce inutilisable (chambre/séjour) ou gêne forte mais partielle
Très importante 30 à 50 % : cuisine et/out salle de bains inutilisable, coupures fréquentes sans solution simple
Quasi inhabitable 50 à 100 % : coupure d’électricité ou d’eau prolongée, chauffage absent en période froide, relogement nécessaire

Si le logement devient inhabitable : résiliation immédiate !

Quand des travaux urgents rendent le logement inhabitable (ex. dégât des eaux massif, plus d’eau/électricité/wc, danger...), le bail peut être immédiatement résilié ! L’article 1724 ne prévoit pas à lui seul une obligation de relogement. Le relogement devient en pratique obligatoire surtout s’il existe un arrêté (péril/insalubrité/mise en sécurité) pris via la mairie.

👉Le locataire peut quand même demander réparation, mais ce n’est pas automatique

Même si la loi offre une « Porte de sortie » sans préavis, ce n'est pas normal de se retrouver contraint et forcé de déménager ! Il doit démontrer que l’inhabitabilité, résulte d'une faute du propriétaire (logement non conforme aux normes de décence, manque d'entretien, ou retard dans les réparations malgré les signalements).

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