Baisse des prix à Paris : ce qu'on ne vous dit pas sur les vraies raisons du déclin

Roman Rainfray
Publié par Roman Rainfray
le 27 juin 2024
Chargé d'études chez PAP.fr

On lit partout que l’immobilier parisien est en baisse. C’est vrai, il enregistre un recul de 7,9 % en un an. Mais il ne baisse pas au même rythme qu’ailleurs, ni pour les mêmes raisons. À Paris, le déclin n’est pas exclusivement dû à la crise du crédit ni au manque d’acheteurs, comme partout ailleurs. Il y a d’autres raisons, plus profondes. Explications.

Pour acheter un appartement de 100 m², à Paris, il faut débourser en moyenne 949.000 €.
Pour acheter un appartement de 100 m², à Paris, il faut débourser en moyenne 949.000 €. © AlexanderSpatari/GettyImages

Une baisse d’attractivité révélée par le confinement

Il est courant de lire que Paris a perdu de son attrait depuis la crise sanitaire. En réalité, le confinement a simplement agi comme un révélateur de changements plus profonds dans les aspirations des Français. En 1990, 60 % des Français jugeaient le travail « très important » dans leur vie. Ils ne sont plus que 24 % aujourd’hui. À l’inverse, en 1990, 31 % des Français jugeaient les loisirs « très important », et ils sont aujourd’hui 41 %. Les loisirs sont donc aujourd’hui, pour une majorité de Français, plus important que le travail.

👉 Paris, qui propose des opportunités professionnelles inégalées, n’est en revanche pas réputée pour sa qualité de vie. Logements trop petits, temps de transport trop élevé : elle ne répond pas aux critères de ceux qui cherchent un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

Résultat : les recherches d'achat à Paris ont chuté juste après le confinement, bien avant la hausse des taux d'intérêt.

Les prix parisiens nuisent à la qualité de vie de ses habitants

Paris souffre d'une inadéquation flagrante entre la taille des logements et les revenus des habitants. Par exemple, pour acheter un appartement de 100 m², il faut débourser environ 949 000 euros (9 490 euros/m²). Cela revient à une mensualité de 5 651 euros (avec un taux d’intérêt de 3,80 %), ce qui implique de gagner environ 17 000 euros par mois. Même à deux, ces coûts sont inenvisageables pour la plupart des couples de cadres.

👉 Pour rappel, selon l’INSEE*, les personnes gagnant plus de 8 500 € par mois sont parmi les 2 % les plus riches.

Cette inadéquation pousse les acheteurs potentiels à se tourner vers des marchés plus abordables où ils peuvent obtenir de plus grands espaces pour des prix plus raisonnables. Le développement du télétravail a amplifié ce phénomène, car télétravailler nécessite souvent un espace dédié, et donc un logement de plus grande surface.

Selon l’Institut Paris Région, les télétravailleurs représentent désormais 28 % des actifs franciliens. Les cadres, qui sont un tiers des actifs, cumulent à eux seuls 59 % des jours télétravaillés.

👉 De nombreux couples choisissent donc d’habiter plus loin, soit dans l’agglomération parisienne, soit dans une autre grande ville, bien connectée par le TGV, afin de trouver un cadre de vie plus agréable et des logements plus spacieux.

Une rentabilité locative peu attrayante

Enfin, il ne faut pas oublier que Paris a été pendant longtemps une ville très prisée des investisseurs. La rentabilité locative y est pourtant loin d’être excellente. Mais la capitale était perçue comme une valeur sûre, avec la certitude de réaliser une plus-value à la revente.

👉 Maintenant que les prix baissent, les investisseurs hésitent et attendent de voir les prix remonter avant de réinvestir.

Une situation à relativiser

Il faut se rappeler que, si Paris semble chuter autant, c’est aussi parce que la ville est surexposée médiatiquement. En effet, tout ce qui touche Paris est amplifié par la constante mise en scène des événements et des faits d'actualité. Il n’en reste pas moins que 137 classes du premier degré fermeront en septembre 2024, signe que Paris se vide de ses familles.

🙋‍♀️ Mais le principal reproche fait à Paris est son prix. En termes d'offre d'emploi et d'accès aux services, la capitale reste incontournable. De nombreux acheteurs attendent simplement que Paris revienne dans leur budget pour y emménager !

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