L’instabilité politique va-t-elle casser la reprise immobilière ?

Roman Rainfray
Publié par Roman Rainfray
le 7 octobre 2025
Chargé d'études chez PAP.fr

Le retour de Sébastien Lecornu à Matignon intervient dans un contexte où le secteur du logement avait plus que jamais besoin de stabilité et de visibilité. Depuis plusieurs années, le ministère du Logement change de mains à un rythme effréné : huit ministres ou responsables se sont succédé depuis 2017. Les politiques s’enchaînent, les dispositifs se multiplient, les orientations se contredisent… et le résultat reste le même : un sentiment d’improvisation permanente.

Il y a eu 8 ministres du logement depuis 2017...
Il y a eu 8 ministres du logement depuis 2017... © debraydavid/GettyImages

Une reprise réelle mais encore fragile

Le paradoxe est cruel : ce chaos politique survient au moment même où le marché immobilier commençait enfin à montrer des signes tangibles de redémarrage. Après une longue période de tâtonnement, les acheteurs reprennent confiance, les visites repartent et les délais de vente se raccourcissent.

Selon l’Observatoire PAP, entre le 1er janvier et le 31 août 2025, le nombre d’acheteurs a augmenté de 11,5 % par rapport à 2024 : Ces chiffres traduisent une reprise réelle, mais encore fragile. Le marché sort peu à peu de l’inertie, grâce à une lente amélioration des conditions de financement et au retour d’une partie des ménages qui avaient reporté leur projet d’achat.

Un secteur du neuf à l’arrêt

En parallèle, le marché du neuf reste en grande difficulté. Les mises en chantier continuent de chuter, les promoteurs reportent leurs projets et les investisseurs se retirent face à une incertitude persistante.

Dans ce contexte déjà tendu, la fin du dispositif Pinel, décidée au nom de la maîtrise budgétaire, envoie un signal négatif à l’ensemble du secteur. Certes, le Pinel avait un coût pour les finances publiques, mais il a permis en dix ans de construire 245 000 logements. Et c’est précisément au moment où la France a besoin de relancer massivement la production de logements que ce levier a été supprimé. Pour faire face à la demande et répondre à la pénurie, notre pays devrait construire près de 400 000 logements supplémentaires par an d’ici 2030.

🙋‍♀️ Ce qu’on ne construit pas aujourd’hui, c’est la pénurie de demain : un manque déjà criant qui ne fera que s’aggraver si la production continue de reculer. Chaque projet abandonné ou reporté accentue la tension sur les prix et les loyers. 

Le statut du bailleur privé : une réforme prometteuse, mais compromise

Relancer le logement passe avant tout par une politique qui augmente l’offre, qu’il s’agisse de construction neuve ou de remise sur le marché de logements existants. Le statut du bailleur privé s’inscrivait pleinement dans cette logique. Cette réforme proposée visait à encourager les propriétaires à louer leurs biens durablement, en instaurant un cadre fiscal simple, stable et prévisible.

Très attendue, elle avait suscité un réel engouement. Selon une enquête menée par l’Observatoire PAP, 62 % des propriétaires se déclaraient favorables à cette mesure. Beaucoup se disaient curieux d’en savoir plus, attentifs aux conditions concrètes et ouverts à l’idée de relancer l’investissement locatif si le cadre s’y prêtait.
Autrement dit, la confiance commençait à revenir, timidement mais réellement.

👉 L’avenir de cette réforme est incertain. On perd ici un levier concret pour renforcer l’offre locative, à un moment où la pénurie de logements s’aggrave et où le marché a besoin de continuité pour se stabiliser.

Fin d’année 2025 : un cocktail explosif

  • Le secteur du logement paie le prix d’une instabilité ministérielle chronique : plus de huit responsables à ce jour.
  • La reprise de l’ancien, bien que tangible, repose sur une confiance fragile.
  • Le neuf est à l’arrêt faute de soutien, et le retrait du Pinel creuse encore l’écart entre besoins et offre.
  • L’abandon du statut du bailleur privé : un risque de desservir l’offre locative durable et de décourager les investissements.
  • Si on ne construit pas, le marché de l’ancien continuera de porter toute la pression : les prix des logements continueront de grimper et la crise du logement s’aggravera. Mais jusqu’où ?

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