Crédit immobilier : ces financements qui manquent d’assurance
Des taux d’intérêt toujours bas, des critères bancaires encore souples : les conditions de financement immobilier restent très favorables en cette fin 2019. Seul bémol : la délégation d'assurance, qui permet de gagner de l’argent sur le crédit, est difficile à obtenir. Le projet de loi du sénateur Bourquin va-t-il desserrer cet étau ?
© Getty Images/Prapass Pulsub
Bonne nouvelle : les taux immobiliers sont toujours aussi bon marché. La moyenne brute (hors assurance) toutes durées confondues sétablit à 1,18% en septembre 2019 contre 1,17% en août, selon lObservatoire Crédit Logement/CSA. Une très légère remontée, aussi anecdotique quindolore pour les emprunteurs, les taux restant historiquement bas. Pour rappel, la moyenne brute montait à 1,44% en décembre 2018, à 1,51% en décembre 2017, à 3,21% en décembre 2012.
Décotes sur les taux. Autre tendance, les banques continuent à accorder des rabais à certains clients. Au 25 octobre 2019, le taux brut moyen sur vingt ans est à 1,10% mais il démarre à . 0,66% ! Des conditions exceptionnelles réservées à des jeunes qui gagnent bien leur vie, à des CSP+, à des particuliers qui ont de lépargne ou un gros apport Les banques rentabiliseront lopération en leur vendant assurances et autres placements, dans le cadre dune relation commerciale de long terme.
Argent pas cher pour tous ! Et les emprunteurs classiques ? Pour eux, les taux immobiliers sont là encore historiquement bas. Juste un exemple : sur une durée de vingt-cinq ans, la moyenne pour un dossier classique (revenus moyens, un peu dapport, etc.) tourne autour de 1,35/1,40% hors assurance. Alors quelle frôlait les 2% bruts il y a deux ans et quelle senvolait à 4,15% à lautomne 2012. Au bout du compte, Monsieur Tout le Monde, lorsquil emprunte, reste logé à bonne enseigne.
| Taux brut moyen | Taux brut minimum | Taux brut maximum | |
| Durée : 7 ans | 0,60% | 0,07% | 1,72% |
| Durée : 10 ans | 0,75% | 0,27% | 1,90% |
| Durée : 15 ans | 0,90% | 0,55% | 2,08% |
| Durée : 20 ans | 1,10% | 0,66% | 2,25% |
| Durée : 25 ans | 1,35% | 0,76% | 2,45% |
| Durée : 30 ans | 1,70% | 1,37% | 2,65% |
Crédit : les taux immobiliers au 25 octobre 2019. Ces taux sont bruts et n'intègrent pas l'assurance emprunteur et le coût des garanties. Par rapport à septembre, les moyennes restent stables, mais les taux minimum augmentent très légèrement. ce qu'il faut retenir, c'est qu'ils restent très favorables aux emprunteurs. A noter : le taux d'un crédit immobilier est attribué au cas par cas, en fonction du profil de l'emprunteur et des caractéristiques de son projet. Source : Empruntis, Cafpi, Meilleurtaux, Vousfinancer.
Retrouvez les taux moyens actuels des crédits immobiliers.
Durée, apport personnel : des conditions demprunt assouplies
Banques accommodantes. Cest dautant plus vrai que les banques jouent sur dautres critères pour soutenir la demande. Le taux dapport personnel est par exemple tombé à 14%, à la mi-2019, contre 24% sur la période 2007/2014 daprès lObservatoire Crédit Logement/CSA. Et les banques accordent davantage de prêts très longue durée. 40,6% des emprunts durent plus de vingt-cinq ans au troisième trimestre 2019 selon Crédit Logement/CSA. Cest trois fois plus quen 2015.
Projets immobiliers facilités. Avec la chute des taux, ces assouplissements sont financièrement supportables pour les emprunteurs. Surtout, ils facilitent les projets immobiliers. Témoin la durée : pour 200 000 € empruntés sur quinze ans à 1% bruts, la mensualité sétablit à 1 197 €. Il faut gagner 3 600 € nets pour décrocher ce prêt (règle des 33% de capacité dendettement). A 1,40% sur vingt-cinq ans, la mensualité tombe à 791 €. 2 400 € nets mensuels suffisent pour obtenir ce crédit.
2019 : année record pour le marché. Résultat : de plus en plus de Français profitent de ces bonnes conditions de financement. Au troisième trimestre 2019, le nombre de prêts accordés grimpe de 5,5% en rythme annuel signale la dernière étude Crédit Logement/CSA. Principal bénéficiaire : limmobilier ancien, qui va franchir cette année et pour la première fois la barre du million de transactions. Les ventes des constructeurs de maisons se redressent et les promoteurs enregistrent de bons rythmes de vente. Bref, tout roule
Crédit immobilier : certains emprunteurs fragilisés
Lemprunt réservé aux bons gestionnaires. Sauf que certains candidats à lemprunt ne sont pas toujours bien lotis. Les banques cherchent la sécurité en limitant au maximum les risques dimpayés. En dautres termes, lemprunteur doit montrer un profil rassurant, de bon gestionnaire de ses finances et prouver quil peut faire face à ses remboursements. Mieux vaut être en CDI. Des comptes dans le rouge, des avis à tiers détenteur, une inscription au Fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP) conduisent au refus de prêt.
Des banques plus vigilantes. Les établissements financiers sont intraitables sur les critères de base comme la capacité dendettement et le reste à vivre. De plus en plus, elles demandent aux emprunteurs de conserver une marge de manuvre équivalente à deux ou trois échéances de crédit. Elles commencent à serrer la vis sur les crédits sans apports. Par ailleurs, certaines personnes malades ont du mal à décrocher leur prêt malgré la convention Aeras, laquelle est censée faciliter leur accès à lassurance emprunteur donc au crédit.
Le plafond du taux de lusure. Pour les profils risqués (seniors, primo-accédants au plan de financement tendus...), les choses peuvent se compliquer. Les banques leur accordent des taux plus élevés. Et les tarifs dassurances de prêt immobilier senvolent. Résultat : ces emprunteurs voient leur taux annuel effectif global dépasser le taux de lusure (le plafond légal à ne jamais franchir) et le crédit est refusé. Un prêt sur plus de vingt ans, par exemple, ne peut pas afficher un taux supérieur à 2,77% tout compris. Un plafond vite enfoncé avec un taux brut sur vingt-cinq ans à 2,50% et une assurance à 0,60%...
Assurance de prêt : délégation impossible ?
Des économies en théorie Cest lassurance-crédit qui suscite actuellement le plus de questions. Faire des économies sur cette protection indispensable pour emprunter est très difficile. Rappelons que les emprunteurs ne sont pas obligés de prendre le contrat-groupe proposé par la banque prêteuse. Ils peuvent choisir un assureur tiers pour souscrire une délégation dassurance. Autorisée par la loi Lagarde de 2010, cette possibilité permet de réduire les coûts au moins par deux sur ce poste.
Assurance : difficultés pratiques. Le problème, cest que les banques cherchent de plus en plus souvent à imposer leur contrat groupe. Dans ce cas, il compte en moyenne pour 0,35% du capital emprunté. Une somme sur laquelle les banques dégagent une marge aussi confortable que bienvenue à lheure des rendements obligataires à taux négatif. Alors que la délégation, avec un coût moyen de 0,10 à 0,15% du capital emprunté, est bien moins rentable pour les établissements financiers
Dialogue compliqué. Afin de dissuader les emprunteurs de déléguer leur assurance, les banques usent de manuvres « dilatoires » selon le comparateur Magnolia.fr. Elles tentent dimposer leur contrat groupe lors de la négociation du prêt, menacent de modifier les conditions du crédit en cas de délégation ce qui est interdit, voire demandent des pièces imaginaires. Résultat : plus de 85% du marché de lassurance emprunteur est aux mains des banques, privant les emprunteurs de substantielles économies.
Conseils pour bien s'assurer. Comment contourner l'écueil ? Si la banque se montre réticente à la délégation, mieux vaut accepter sa proposition pour ne pas faire traîner le dossier. Dès le mois suivant, lemprunteur aura un an pour trouver une délégation, comme la loi Hamon de 2014 le lui permet. Rappelons que la priorité, c'est d'obtenir le financement dans les délais fixés dans le compromis de vente et donc de réussir à acheter.
Crédit immobilier : lautre manque dassurance
La hausse du nombre de prêts à lhabitat pourrait laisser croire que les Français sont plutôt décontractés lorsquil sagit demprunter. Cest sans doute vrai pour le plus grand nombre. Mais un sondage Lesfurets/BVA révèle que « souscrire un prêt immobilier est vécu comme un parcours du combattant par 23% des propriétaires ». Ce qui coince ? « Le temps nécessaire à la constitution du dossier et le stress induit par certaines étapes » note létude. Laquelle denfoncer le clou : « plus dun propriétaire sur cinq sest senti mal accompagné pendant lobtention de son crédit immobilier ». Des difficultés qui touchent davantage les CSP+ et les familles avec enfants. Il y a sans doute encore beaucoup de pédagogie à faire en matière de financement immobilier. Sur un acte qui engage les emprunteurs sur un tiers de leur vie et un tiers de leurs revenus, le service, linformation et lassistance sont plus que jamais indispensables. Loccasion de rappeler que pour faciliter les choses, PAP propose un contenu particulièrement riche sur le sujet, à consulter sans modération dans notre rubrique Je suis acheteur/trouver son crédit. Par exemple en commençant par notre dossier : Crédit immobilier, les grandes étapes de la signature.
Prêt et assurance : des emprunts risqués
Crédit sophistiqué. Pour conserver la manne de lassurance emprunteur, certaines banques proposent des prêts lissés, révèle le comparateur Magnolia.fr. Comment ça marche ? Dégressive, lassurance groupe est remboursée en priorité, avant le capital. Le lissage crée une mensualité unique et constante tout au long du paiement du crédit. A la clé : une assurance plus onéreuse, un capital plus long à amortir et un prêt plus cher quune formule classique, le tout intégré dans la mensualité unique.
Inconvénients pour lemprunteur. Ces prêts dits lissés ne sont commercialisés que par le Groupe BPCE. Interrogé par Capital.fr, cette banque explique que lemprunteur est sécurisé par la mensualité constante tout au long du remboursement et que ce financement ne coûte pas vraiment plus cher que les autres. Ayant fait refaire les calculs, notamment par la banque créatrice de loffre, Capital.fr confirme que cette formule lissée reste moins favorable à lemprunteur notamment en termes de coût.
Conseils et solutions. Pour éviter ces crédits alambiqués qui font notamment grimper le prix de lassurance, Magnolia.fr conseille de comparer les tableaux damortissement issus de la banque en question et dun autre établissement, en prenant en compte le coût total du crédit, le capital amorti à huit ans et le pourcentage de lassurance remboursé toujours à huit ans. Magnolia.fr suggère de se faire assister par un courtier, « censé accompagner les emprunteurs et les aider à y voir plus clair ».
Le Parlement au secours de lassurance emprunteur
Le sénateur Bourquin contre-attaque. La protection du consommateur en matière dassurance emprunteur pourrait faire de gros progrès. Le sénateur socialiste Martial Bourquin a déposé une proposition de loi le 23 octobre 2019, un texte dont lobjectif est de « renforcer l'effectivité du droit au changement d'assurance emprunteur ». Rappelons quil est possible de changer de contrat dans lannée qui suit sa signature (loi Hamon), mais aussi tous les ans à sa date anniversaire (amendement Bourquin/loi Sapin de 2017).
Assurance, droit et information. Les nouveautés du texte du 23 octobre 2019 ? Dabord, la date de fin du contrat dassurance serait gravée dans le marbre et trois mois avant, les banques auront lobligation dinformer lemprunteur, au mois trois mois avant léchéance, sur leur droit à résilier leur contrat pour en choisir un autre. Avec cette mesure, les banques ne pourraient plus entretenir le flou sur cette date, permettant à lemprunteur de respecter les délais pour choisir une police plus avantageuse.
Les critères pour changer de contrat. Ensuite, la nouvelle loi Bourquin obligerait les banques à communiquer à lemprunteur, sur sa demande, sans frais et dans un délai de dix jours, la fiche dinformation standardisée (FIS) qui décrit les garanties de son assurance-crédit. De quoi comparer plus facilement les offres. La FIS compte dix-huit critères. La banque en coche onze et la délégation doit reprendre ces même onze critères pour être acceptée par létablissement prêteur.
La parole à lAssemblée. Enfin, le texte compte renforcer linformation de lemprunteur, notamment sur « son droit à résiliation et les délais quil doit respecter pour en faire usage tout en renforçant les sanctions en cas de manquement par le prêteur à ses obligations dinformation ». Ces dispositions entreraient en vigueur quatre mois après la publication de cette loi, qui concernerait aussi les contrats en cours. Il faudra donc attendre : les Sénateurs ont adopté ce texte et il doit maintenant passer devant lassemblée.
Amélioration assurée ? La nouvelle loi va-t-elle apporter des changements positifs pour les candidats à lemprunt comme pour ceux qui sont en cours de remboursement ? Difficile de répondre. Les banques vont sans doute freiner des quatre fers, soucieuses quelles sont de conserver leurs marges sur lassurance. Pour autant, les précédents textes (lois Lagarde et Hamon, amendement Bourquin de 2017) ont quand même facilité les choses. Ils ont notamment entraîné la baisse des tarifs des contrats dassurance groupe. Cest toujours pas à pas que les sommets se gravissent.
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