Paris : la reprise est là… mais seuls 9 arrondissements attirent (encore) des acheteurs

Roman Rainfray
Publié par Roman Rainfray
le 14 novembre 2025
Chargé d'études chez PAP.fr

Après deux ans de ralentissement, le marché parisien montre enfin des signes de reprise. Selon l’Observatoire PAP, le nombre d’acheteurs progresse de 3,2 % sur un an, une hausse timide face à la dynamique nationale de + 11,3 %. Malgré une baisse des prix d’environ 10 % depuis 2022, la reprise reste fragile et se concentre sur le centre historique et les quartiers résidentiels du sud de la capitale.

+ 3,2 % d’acheteurs à Paris en 2025 , mais, c’est 4 fois moins d’acheteurs qu’au niveau national.
+ 3,2 % d’acheteurs à Paris en 2025 , mais, c’est 4 fois moins d’acheteurs qu’au niveau national. © Jeol Efthimiou/shutterstock

Paris décroche face au reste de la France

En 2025, le marché immobilier parisien montre enfin quelques signes de reprise : le volume d’acheteurs progresse de + 3,2 % selon l’Observatoire PAP. Un chiffre modeste, surtout si on le compare à la dynamique nationale : la fréquentation des acheteurs y est de + 11,3 % sur la même période.

👉Pourquoi Paris repart moins vite

Ce décalage s’explique d’abord par le niveau encore très élevé des prix dans la capitale, malgré deux années de recul. Depuis 2022, les prix ont baissé d’environ 10 %, un mouvement rare à Paris. Mais cette correction n’a pas suffi à relancer pleinement le marché.

La crise qui a débuté en 2022 a d’abord été une crise de l’accès au crédit : les primo-accédants, jeunes ménages et foyers sans apport ont été les premiers exclus, freinés par la remontée rapide des taux. Fin 2023, ils atteignaient 4,35 % sur 20 ans, avant de redescendre autour de 3,20 % aujourd’hui. Mais cette détente n’a pas rétabli l’équilibre : la baisse des prix n’a pas compensé la hausse du coût de l’argent, et le pouvoir d’achat immobilier reste amputé.

🎯 Résultat : c’est à Paris, où les prix de départ sont les plus élevés, que la reprise est la plus lente. Le marché reste actif, mais sous tension, tiraillé entre des conditions de financement encore contraignantes et des niveaux de prix qui limitent le retour des acquéreurs.

9 arrondissements sur 20 gagnent des acheteurs en 2025

Arrondissement Évolution acheteurs 2025 VS 2024 Prix
3e + 12,8 % 12 590 €/m²
2e + 10,5 % 11 440 €/m²
4e + 9,9 % 12 740 €/m²
15e + 8,3 %  8 860 €/m²
13e + 7,1 % 8 630 €/m²
20e + 5,7 % 7 980 €/m²
9e + 4,8 % 9 910 €/m²
18e + 3,4 % 8 420 €/m²
5e + 2 % 11 260 €/m²
14e - 0,7 % 9  130 €/m²
16e - 1 % 9 970 €/m²
11e - 1,9 % 9 320 €/m²
8e - 3 % 11 980 €/m²
12e   - 5,9 % 8 570 €/m²
6e - 7,2 % 13 040 €/m²
7e - 8,1 % 12 760 €/m²
10e - 8,7 % 8 670 €/m²
19e - 9,1 % 7 400 €/m²
1er - 14,8 %  11 690 €/m²
17e - 23,6 % 9 390 €/m²

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Acheteurs à Paris : le 3e séduit, le 17e décroche !

📍Les arrondissements du centre : un refuge pour les acheteurs

Les 2e, 3e et 4e arrondissements enregistrent les plus fortes hausses de la demande, malgré des prix élevés, entre 11 400 € et 12 700 €/m². Un paradoxe en apparence, mais parfaitement logique : ces quartiers cumulent les atouts qui traversent toutes les crises. Emplacement central, charme patrimonial, animation urbaine et rareté de l’offre. Dans un marché encore hésitant, le cœur historique de Paris reste une valeur refuge : les acheteurs y voient une manière de sécuriser leur investissement tout en misant sur un cadre de vie à forte valeur symbolique.

📍Les primo-accédants de retour dans le 13e et le 15e

Derrière le centre historique, les 13e et 15e arrondissements se distinguent par une demande en hausse (+ 7,1 % et + 8,3 %). Ces secteurs résidentiels concentrent tout ce qui attire les acheteurs qui veulent s’installer durablement dans Paris : des logements familiaux, des écoles, des commerces de proximité, une excellente desserte en transports et une vraie vie de quartier. Ils bénéficient en outre d’une image solide et rassurante, contrairement au 18e, qui est plus nuancé.

👉Avec des prix sous les 9 000 €/m², ces arrondissements figurent parmi les zones où l’on peut clairement maximiser son pouvoir d’achat. Mais ces chiffres évoquent surtout le retour progressif des primo-accédants, qui profitent de la baisse des taux pour relancer des projets jusque-là différés.

📍Des arrondissements victimes de l’attentisme ?

Les 8e, 11e, 14e et 16e arrondissements enregistrent des évolutions quasi neutres, entre 0 et - 3 %. Cette stabilité traduit certainement un marché en observation, où les acheteurs préfèrent attendre avant de se repositionner. Après deux années de baisse, beaucoup espèrent encore une nouvelle détente des prix. Certains de ces quartiers se situent dans une zone intermédiaire du marché parisien, avec des prix compris entre 9 000 et 10 000 €/m² Un niveau qui reste élevé pour la majorité des ménages, sans offrir les opportunités plus accessibles des arrondissements périphériques.

Résultat : les acheteurs attendent et espèrent un meilleur alignement entre prix et capacité d’emprunt.

📍Des arrondissements de prestige en léger retrait

Les 6ᵉ et 7ᵉ arrondissements enregistrent un net recul du nombre d’acheteurs (- 7,2 % et - 8,1 %). Avec des prix qui dépassent de loin les 12 000 €/m², ces secteurs restent parmi les plus valorisés de la capitale, mais leur niveau de prix limite mécaniquement le pouvoir d’achat de nombreux ménages. Leur marché demeure actif, mais plus sélectif, porté par des acquéreurs à forte capacité financière, souvent internationaux ou investisseurs.

📍Le cas du 19e arrondissement : la concurrence de la petite couronne

Malgré des prix parmi les plus abordables de Paris (7 400 €/m²), le 19e arrondissement affiche une baisse notable du nombre d’acheteurs (- 9,1 %). Ce paradoxe s’explique par la concurrence directe de la petite couronne, notamment de villes bien connectées et en pleine transformation, comme Bagnolet, les Lilas ou encore Romainville. Ces villes affichent des prix encore plus abordables ainsi qu’une image urbaine nettement plus positive : arrivée de nouvelles lignes de métro, création d’écoquartiers ou développement d’espaces culturels et de loisirs.

Évolution des prix : les quartiers gagnants et les perdants de 2025

Arrondissement Prix Évolution 2025 VS 2024
8e 11 980 €/m² + 13,5 %
3e 12 590 €/m² + 7,9 %
13e 8 630 €/m² + 5,2 %
14e 9 130 €/m² + 1,5 %
12e 8 570 €/m² + 1,2 %
20e 7 980 €/m² + 1,1 %
4e  12 740 €/m² + 0,9 %
15e 8 860 €/m² + 0,9 %
11e 9 320 €/m² - 0,3 %
7e 12 760 €/m² - 0,5 %
17e 9 390 €/m² - 0,8 %
19e 7 400 €/m² - 1 %
9e 9 910 €/m² - 1,1 %
2e 11 440 €/m² - 1,2 %
16e 9 970 €/m² - 1,4 %
10e 8 670 €/m² - 1,8 %
18e 8 420 €/m² - 1,9 %
6e 13 040 €/m² - 3,8 %
5e 11 260 €/m² - 4,1 %
1er 11 690 €/m² - 12,5 %

Le pouvoir d’achat immobilier à Paris en 2025

À Paris, le prix au m² médian s’établit désormais à 9 611, soit près de 1 million d’euros pour un appartement de 100 m². Prenons un exemple concret. Pour acquérir un appartement de 100 m² au prix médian parisien, il faut compter 961 100 €, auxquels s’ajoutent 8 % de frais de notaire, soit 76 888 €. Le coût total du projet atteint donc 1 037 988 €. Financé sur 20 ans à 3,20 %, avec 0,35 % d’assurance emprunteur, cela représente une mensualité de près de 5 870 €.

Acheter à Paris exige plus de 17 750 € nets par mois : un luxe réservé à quelques-uns.

👉Plus de 5 000 € d’écart entre le plus cher et le moins cher

Une fracture de prix qui redessine la carte de Paris. En 2025, l’écart de prix au mètre carré entre les arrondissements parisiens atteint un niveau impressionnant : plus de 5 600 € de différence entre le 6ᵉ arrondissement et le 19e. Dans le 6e, il faut compter en moyenne 13 040 €/m², contre 7 400 €/m² dans le 19e. À surface égale, cela représente plus de 560 000 € de différence sur un logement de 100 m².

Paris, toujours dans le game ?

Si les chiffres parisiens peinent à convaincre, ils ne traduisent en aucun cas un désamour. En réalité, la plupart des acheteurs ne tournent pas le dos à Paris : ils attendent simplement d’avoir les moyens d’y revenir. Paris reste, pour beaucoup, un objectif de vie, un idéal résidentiel, mais un projet suspendu par des contraintes budgétaires temporaires. Et réelles.

Car la capitale conserve des fondamentaux puissants : une concentration unique d’emplois, de services, d’équipements publics, d’universités, de transports et d’offre culturelle. Le mouvement de recentrage autour du « vivre ailleurs », très commenté après le Covid, n’a pas profondément modifié les logiques structurelles du marché.

Si la crise du COVID a en effet bénéficié à certaines villes de la région parisienne, et même au-delà, en offrant aux salariés la possibilité d’avoir plus d’espace, un logement plus grand et de télétravailler dans de meilleures conditions, elle n’a pas pour autant changé les grandes tendances de fond.

👉À long terme, l’aménagement du territoire (ou plutôt son absence) continuera de jouer en faveur de Paris et de l’Île-de-France, au détriment de la qualité de vie et du coût du logement.

Le recul des acheteurs depuis 2022 tient plus d’une pause contrainte que d’un désintérêt. Avec la demande en hausse et des taux stables, les prix pourraient remonter dès 2026 de 2 à 3 %, selon l’Observatoire PAP.

Méthodologie : Étude fondée sur les demandes de 242 971 acheteurs à Paris entre le 1er janvier 2025 et le 24 octobre 2025, comparées à la même période en 2024. Prix base DVF et PAP.


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