Logement : étudiants en galère, propriétaires débordés (une rentrée 2025 sous pression)

Roman Rainfray
Publié par Roman Rainfray
le 28 août 2025
Chargé d'études chez PAP.fr

À la veille de la rentrée universitaire, c’est toujours la course au logement pour de (très) nombreux étudiants. La demande reste à des niveaux élevés : à Paris, en Île-de-France comme dans les grandes villes universitaires de régions, les offres destinées aux étudiants déclenchent un véritable raz-de-marée, avec des centaines de contacts (parfois plus d’un millier) en seulement quelques jours.

À Paris, les propriétaires croulent sous les demandes de location.
À Paris, les propriétaires croulent sous les demandes de location. © GettyImages/Midjourney

Cette année, l’offre de logements étudiants progresse de + 14 % par rapport à 2024. Une amélioration due principalement au retour des primo-accédants sur le marché de l’achat : de jeunes actifs, locataires de petites surfaces, qui libèrent des biens en accédant à la propriété.

👉 Mais cette embellie reste surtout statistique : sur le terrain, les étudiants ne voient pas la différence. La demande est structurellement trop forte et absorbe immédiatement ces logements supplémentaires. À Paris, où la population étudiante augmente de 5 000 nouveaux arrivants chaque année, l’effet de saturation est instantané. Résultat : les petites surfaces deviennent l’objet d’une véritable ruée.

Paris : la concurrence à son comble

La capitale reste le terrain le plus tendu pour les étudiants. L’analyse des 200 annonces les plus demandées montre qu’un logement (T1, T2 ou T3) reçoit en moyenne 743 demandes. Certains biens dépassent même les 1 000 contacts en quelques jours.

👩‍💻 Les recherches réalisées par les étudiants sur Paris

  • Studios (66 % des recherches) : 16 m² en moyenne pour 727 € par mois ;
  • T2 (28 % des recherches) : 29 m² en moyenne pour 1 060 € par mois ;
  • T3 (6 % des recherches) : 43 m² en moyenne pour 1 571 € par mois.

Pour que leur budget reste tenable tout en restant dans Paris, beaucoup d’étudiants se tournent vers la colocation en T2 ou T3. Cette solution permet de réduire le coût du loyer par personne, mais elle suppose souvent de sacrifier un peu de confort, par exemple en transformant le séjour en chambre dans un T2 ou en privilégiant de petits T3 aux loyers plus abordables.

👉 Pourquoi certaines annonces explosent ?

Les annonces qui dépassent les 1 000 contacts en quelques jours ont toutes le même profil : de très petites surfaces (16 m² en moyenne), les loyers les plus « accessibles » et une localisation intra-muros.

Faute de mieux, les étudiants se ruent sur ces logements. Pour se loger dans Paris avec un budget supportable, ils se contentent de ces surfaces réduites. C’est le prix à payer pour rester dans la capitale… et cela concentre une demande hors norme, sans équivalent ailleurs en France.

Petite couronne : une tension qui s’étend

Face à la saturation parisienne, de plus en plus d’étudiants se tournent vers la petite couronne. Mais ce repli n’est pas pour autant synonyme de facilité : l’analyse des 200 annonces les plus demandées montre une moyenne de 278 contacts par annonce, preuve que la pression s’y installe aussi, même si elle est un peu moins forte qu’intra-muros. 

👩‍💻 Les recherches effectuées par les étudiants

  • Studios (26 % des recherches) : 19 m² en moyenne pour 697 € par mois ;
  • T2 (56 % des recherches) : 34 m² en moyenne pour 876 € par mois ;
  • T3 (18 % des recherches) : 54 m² en moyenne pour 1 101 € par mois.

Ces surfaces plus grandes qu’à Paris permettent notamment d’envisager la colocation dans des conditions plus confortables, tout en restant près de la capitale.

👉 Top 10 des villes les plus demandées à la rentrée

Ce palmarès montre que malgré tout le temps de trajet reste un critère décisif : toutes ces villes sont situées à moins de 30 minutes du centre de Paris en métro ou en RER.

1 Boulogne-Billancourt
2 Colombes
3 Vitry-sur-Seine
4 Asnières-sur-Seine
5 Villejuif
6 Créteil
7 Saint-Denis
8 Issy-les-Moulineaux
9 Clichy
10 Ivry-sur-Seine

👉 Le Val-de-Marne gagne du terrain

Si d'autres secteurs de la petite couronne voient la recherche de logements étudiants augmenter, on constate que le Val-de-Marne (94) attire de plus en plus. Quatre villes du département (Vitry-sur-Seine, Villejuif, Créteil et Ivry-sur-Seine) figurent dans le Top 10 des villes les plus demandées, contre une seule l’an dernier.

👉 Pourquoi ces villes attirent-elles les étudiants ?

  • Budget : des loyers (un peu) plus accessibles et un meilleur rapport prix/surface qu’à Paris.
  • Temps de trajet : une bonne desserte en métro ou en RER, avec moins de 30 minutes pour rejoindre le centre de la capitale – et même une vingtaine de minutes pour rejoindre de grands pôles universitaires parisiens comme Jussieu (Sorbonne Université) ou Tolbiac (Université Paris 1).
  • Qualité de vie : un cadre perçu comme sécurisé, des centres-villes vivants ainsi que des loyers accessibles, moins chers qu’à Paris.

Recherchez un bien à louer

En régions, la pression gagne aussi du terrain

Avec le développement continu de l’offre universitaire, les grandes métropoles régionales accueillent chaque année toujours plus d’étudiants. Résultat : Marseille, Lyon, Toulouse, Bordeaux ou Montpellier concentrent une partie importante de la demande locative. Si l’accès au logement y est plus simple qu’à Paris, la tension reste réelle et les petites surfaces suscitent encore de nombreuses candidatures.

👩‍💻 Les recherches effectuées par les étudiants en régions

  • Studios (33 % des recherches) : 23 m² en moyenne pour 598 € par mois ;
  • T2 (46 % des recherches) : 39 m² en moyenne pour 733 € par mois ;
  • T3 (21 % des recherches) : 59 m² en moyenne pour 938 € par mois.

Là encore, les T2 et T3 sont particulièrement recherchés dans le cadre de colocations, permettant aux étudiants de rester au cœur des grandes villes tout en maîtrisant leur budget. L’accessibilité financière devient un critère déterminant dans le choix d’une ville universitaire. Dans un marché tendu, le coût du loyer, et la facilité à trouver un logement orientent de plus en plus le choix des parcours d’études.

En régions, les 200 annonces les plus demandées comptent en moyenne 142 contacts par logement.

Top 10 des villes universitaires les plus demandées en province

1 Marseille
2 Lyon
3 Toulouse
4 Nice
5 Montpellier
6 Bordeaux
7 Lille
8 Aix-en-Provence
9 Nantes
10 Rennes

Quelles perspectives pour la location ?

Le marché est marqué par un manque structurel d’offres, et la pression ne va pas retomber d’un coup. En revanche, le gouvernement a mis des propositions sur la table et (si elles se concrétisent) elles pourraient apporter un peu d’air.

👉 Le statut du bailleur privé, une piste prometteuse

Parmi les propositions en discussion, la création d’un statut du bailleur privé vise à redonner confiance aux propriétaires et à stimuler l’investissement locatif longue durée. Le dispositif met notamment l’accent sur la location vide, en proposant une fiscalité plus avantageuse, afin d’inciter les propriétaires à mettre leurs biens sur le marché de la location longue durée.

👉 Une adhésion générale des propriétaires

Le 23 juillet dernier, PAP a organisé un atelier réunissant plus de 450 propriétaires bailleurs afin de recueillir leur perception des propositions du rapport Daubresse-Cosson. Les résultats sont clairs : 61,9 % d’entre eux se disent favorables aux mesures envisagées. Très attentifs à ces pistes de réforme, les propriétaires attendent désormais avec impatience la suite des débats parlementaires.

Beaucoup soulignent que la location vide est aujourd’hui jugée moins attractive que la location meublée ou saisonnière. Une amélioration des conditions fiscales pourrait redonner de l’intérêt à ce mode de location, relancer l’investissement locatif longue durée et, ainsi, élargir l’offre disponible.

👉 Il est temps d’agir

Si ces réformes et ajustements offrent des perspectives d’amélioration, le marché du logement étudiant reste marqué par une pénurie structurelle. La concentration économique et universitaires dans les grandes villes, et la faible élasticité de l’offre laissent penser que la compétition restera vive. La rentrée 2025 illustre une fragilité persistante : chaque avancée conjoncturelle peine à alléger la pression de fond.

🙋‍♀️ Il est donc essentiel d’avancer rapidement sur ces sujets. Les effets d’une relance de l’offre prendront du temps à se concrétiser, et ne régleront pas la situation du jour au lendemain. Mais c’est une étape indispensable pour que, demain, étudiants comme jeunes actifs puissent accéder à un logement sans que la recherche ne devienne un véritable parcours du combattant.

Étude Observatoire PAP basée sur 605 678 recherches de petites surfaces entre le 1er juillet et le 24 août 2025.

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Responsable Relations Presse : Virginie Chalumeau - Tél. : 06 61 43 18 68 - [email protected]


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