Seniors : comment retrouver du crédit… immobilier ?
De plus en plus de seniors comptent emprunter pour acheter un logement ou investir dans l’immobilier. Mais les banques ne leur ouvrent pas toujours les portes du crédit. Conseils et solutions pour obtenir un financement même en cas de refus de prêt.
© Cast Of Thousands/shutterstock
Il ny a pas dâge pour emprunter. Quel que soit la période de la vie, il est possible, en théorie et dun point de vue légal, de souscrire un crédit immobilier. Y compris chez les seniors. Ces derniers sont dailleurs de plus en plus nombreux à se lancer. « La part des emprunteurs de plus de cinquante ans a augmenté ces dernières années puisquelle est passée, dans nos dossiers, de 11 à 17% en cinq ans » révèle Jérôme Robin, directeur général du courtier Vousfinancer, dans une étude sur le pouvoir dachat immobilier des retraités parue le 10 avril 2018.
Les bons plans du crédit. Pour les seniors, l'emprunt constitue souvent une bonne affaire. Il permet dacheter des biens immobiliers impossibles à financer cash (c'est ce que l'on appelle l'effet de levier du crédit). De quoi trouver les moyens de soffrir un patrimoine pour améliorer la retraite. Le prêt, souvent souscrit sur une durée courte, affiche un taux inférieur à celui des placements financiers. Sur dix ans, on emprunte en moyenne à 1,20%, alors que lassurance vie rapporte au minimum 1,50% pour les fonds en euros et davantage pour les formules en unités de comptes.
De lintérêt des banques. Les seniors constituent une clientèle intéressante pour les banques. « Ils empruntent sur des durées courtes, ont de lapport, de lépargne sous forme dassurance-vie notamment, leurs charges sont plus faibles puisque les enfants ont quitté le foyer » explique Sandrine Allonier, directrice des relations banques chez Vousfinancer. Bref, pour les banques, cette catégorie de clientèle présente peu de risques dun point de vue patrimonial et financier. Et pourtant, elle a parfois du mal à décrocher un prêt immobilier.
Le bon âge pour emprunter. Pour obtenir leur crédit, les seniors et plus encore les retraités doivent tenir compte du rapport entre lâge et la durée de remboursement. Avec lallongement de lespérance de vie, souscrire un prêt sur vingt ans pour un sexagénaire na rien dincongru. Mais une durée de vingt-cinq ans est plus difficilement envisageable pour un octogénaire. En France, les emprunteurs nendettent pas les générations suivantes, comme cest le cas au Japon.
Retraite, revenus et remboursement. Autre écueil : la baisse de ressources liée à la retraite. A cinquante-cinq ans, la capacité dendettement est calculée sur les revenus dactivité. Or ces derniers vont diminuer de 15 à 40% (estimation Vousfinancer) selon les cas lorsque lemprunteur cessera de travailler. Solution : le crédit à palier. La mensualité baisse automatiquement au moment de la retraite, pour rester dans les clous des 33% de capacité dendettement. Autre option : calculer cette même capacité dendettement sur 70% des revenus dactivité lors de la souscription de lemprunt.
Comment sassurer ? La principale pierre dachoppement, cest lassurance décès-invalidité. Certes, les assurances des banques (contrats groupe) acceptent de couvrir les emprunteurs jusquà soixante-quinze ans (âge de fin de crédit). Pour les polices conclues avec des assureurs extérieurs (délégation dassurance, permise par la loi Lagarde de 2010), la couverture peut aller jusquà quatre-vingt-dix voire quatre-vingt-quinze ans selon Vousfinancer. Dans le meilleur des cas, un octogénaire peut emprunter sur quinze ans !
Assurance et taux dusure. Mais ce qui coince, c'est le prix de cette assurance décès-invalidité. « Plus lon avance en âge, plus la probabilité davoir des problèmes de santé augmente, plus l'assurance est chère » pointe Sandrine Allonier. La décès-invalidité compte pour 0,40 à 0,60% du capital emprunté pour un particulier de cinquante ans. Un tarif qui peut doubler pour ceux qui ont soixante ans, surtout sils sont fumeurs. Dans certains cas, le cumul taux du crédit/prix de lassurance est si élevé quil dépasse le taux de lusure, ce qui est interdit. Dès lors, impossible demprunter.
Spécial seniors. En cas de difficultés à emprunter, des solutions existent. Le senior en quête de crédit peut confier son dossier à un courtier, lequel va le présenter à ses banques et assureurs partenaires. Dans la mesure où le courtier a intérêt à ce que le crédit soit conclu (il nest rémunéré que si laffaire est signée), il va faire en sorte que le financement ET son assurance soient accordés. Certains assureurs proposent dailleurs des formules dédiées aux seniors, avec des tarifs qui permettent de rester en deçà du taux de lusure.
Emprunter sans assurance. Autre possibilité : lun des membres du couple ne sassure pas, ce qui fait baisser les coûts. Cest possible si lapport personnel est important et si le ménage senior dispose déjà dun patrimoine. Pour ceux qui détiennent de solides actifs, le nantissement permet demprunter sans assurance. Ici, le crédit est adossé (on dit quil est nanti) à des placements financiers ou immobiliers dont la valeur est supérieure à celle du bien financé à crédit. Lopération étant plus risquée, la banque pratique un taux dintérêt plus élevé et elle prend une hypothèque sur le logement.
Vendre en viager. Malgré ces solutions, le crédit est toujours refusé ? Pas de panique ! Les seniors, en effet, disposent dalternatives intéressantes sils détiennent déjà un patrimoine immobilier. Ils peuvent par exemple vendre en viager, une solution qui a actuellement le vent en poupe. Avantage : le vendeur récupère des fonds sous forme de capital et de rente. Avec un viager occupé, il reste sous son toit. Inconvénient : le propriétaire se dépossède et ne peut plus transmettre le bien à ses enfants.
Pensez au viager hypothécaire. Cette formule de prêt est proposée essentiellement par le Crédit foncier. Cet établissement fait expertiser le logement et verse une partie de sa valeur (70% en général). Le propriétaire bénéficiaire ne rembourse rien. A son décès, le bien est revendu pour payer la banque. Si le fruit de cette vente est supérieur au montant du prêt, le surplus revient aux héritiers. En cas de moins-value, le prêteur en est pour ses frais. Avantage du viager hypothécaire : on reste propriétaire pendant lopération et on peut solder le crédit à tout moment. Inconvénient : en cas de moins-value à la revente, les descendants ne touchent rien.
Nouveau : le portage financier. Tout juste lancée par Stayhome, cette formule repose sur la vente avec faculté de rachat. Le propriétaire cède le bien (à 80% de sa valeur) à un investisseur qui lui donne la moitié de la somme à la signature et le reste, par mensualité, pendant dix ans. Pendant cette période, le vendeur, devenu locataire, verse un loyer mensuel équivalent à ce que lacheteur lui verse (jeu à somme nulle). Au terme des dix ans, ce même vendeur rachète le logement. « Le prix de rachat correspond au total des sommes investies par linvestisseur, frais et honoraires inclus » explique-t-on chez Stayhome. « A ces sommes sajoute la totalité des loyers dus sur la période doccupation du bien par le vendeur devenu locataire. » Avantage du portage : la possibilité de dégager des fonds sans se déposséder. Inconvénient : il faut avoir les moyens de racheter le moment venu.
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