Passoire thermique : comment rénover pour s’en sortir

04 Mai 2022 - Rénover sa passoire thermique pour obtenir un DPE B ou C pour son logement exige de nombreux travaux. Une rénovation qui doit être méthodique pour être efficace et la moins coûteuse possible.

 

Comment transformer sa passoire thermique en logement plus économe en énergie ? De plus en plus de propriétaires de maisons ou d’appartements s’interrogent. Logique, car la prise en compte de la performance énergétique des logements influe de plus en plus sur le prix de vente d’un bien, la valeur verte, comme l’appelle les notaires. Elle est aussi synonyme d’impossibilité pour le bailleur de louer son bien, la loi Climat Résilience prévoyant l’interdiction de location des logements classés G en 2025 et F en 2028. Pour rénover efficacement son logement, il faut procéder par étape : améliorer l’isolation, installer une ventilation mécanique contrôlée avant d’opter pour un chauffage plus performant.

Isoler d’abord sa maison. Isoler son logement constitue en effet l’un des premiers travaux à prévoir. C’est après avoir isolé la maison que l’on peut définir précisément la puissance du système de chauffage adaptée aux besoins du bâtiment. « Une maison dépourvue d’isolant nécessite une production de chauffage très importante », explique Paul Martin, directeur général d’Ithaque, bureau d’études thermiques accompagnant les particuliers dans leur projet de rénovation. « C’est ce qui explique que la note énergétique du DPE soit F ou G ». A l’issue d’un audit énergétique, le professionnel identifie les points de la construction où l’isolation doit être soit réalisée, soit renforcée.

Avantage à l’isolation par l’extérieur. Toiture, murs, fenêtres, sols : tout doit être passé au crible dans la maison. Les fenêtres simple vitrage seront remplacées par du double-vitrage, des rouleaux de laines minérales (verre ou roche) déroulés sur le plancher des combles perdus. « Pour isoler les murs, l’isolation thermique par l’extérieur (ITE) est la solution la plus efficace », explique Baudouin de la Varande, cofondateur d’Ithaque. « Car elle réduit les ponts thermiques. Mais elle coûte plus cher qu’une isolation intérieure, car il n’y a pas assez d’artisans formés à cette technique. Autre inconvénient : elle peut être refusée par la mairie pour certaines architectures remarquables devant être préservées. »

Ventilation incontournable. Parfois oubliée lors de la rénovation thermique, l’installation de la VMC. La ventilation mécanique contrôlée est pourtant essentielle, car elle renouvelle l’air ambiant en évacuant l’air intérieur pollué par les activités humaines (douche, cuisine, bricolage). L’air neuf étant diffusé par de petites ouvertures situées en partie supérieure des fenêtres ou des baies vitrées. Cet équipement sera d’autant plus indispensable qu’une maison bien isolée limitera considérablement les entrées d’air, la construction sera donc plus étanche à l’air. Et l’air intérieur moins renouvelé.

L’atout du double-flux. Une VMC simple flux hygro-B sera installée dans la très grande majorité des cas. Cette dernière module le débit de l’air extrait selon la teneur en humidité détectée dans les pièces. Plus cette dernière est élevée - synonyme d’une activité -, plus le débit augmente. « Le mieux étant d’installer une VMC double flux », conseille Paul Martin. Ce système assure en effet un débit d’air plus élevé. Mais il coûte plus cher : 7 000 à 8 000 € contre 3 000 à 4 000 € pour une simple-flux !

Pompe à chaleur ou chaudière granulés. Les besoins de chauffage réduits, votre système de chauffage devra sans doute être changé. Plusieurs solutions sont possibles. Une pompe à chaleur air/eau peut être choisie. « Une Pac de 6 à 8 kW suffit à chauffer une maison de 100 m² si elle a bénéficié d’une rénovation globale », précise Paul Martin. Autre possibilité : une chaudière à granulés. Cette dernière remplacera aisément une chaudière fioul, l’espace occupé par la cuve pouvant être dédié à un silo stockant des granulés.

ITE favorisée pour les immeubles. L’amélioration du DPE d’un immeuble est similaire à celle concernant une maison. Mais le processus de décision est plus long, car la rénovation doit être votée par l’assemblée générale des copropriétaires. Un audit énergétique établira une photo précise de l’état de l’immeuble. Là encore, l’isolation du bâtiment doit être traitée en priorité. C’est bien souvent l’isolation thermique par l’extérieur qui est préconisée, à condition que les matériaux constituant la façade le permettent. Ce qui n’est pas possible dans le cas de façade composée de colombages. L’ITE est aussi interdite dans certaines constructions comme les immeubles haussmanniens qui sont classés par les architectes des Bâtiments de France (ABF). A noter qu’un audit énergétique sera obligatoire à partir du 1er septembre 2022. Ce dernier concernera la vente d’une maison ou celle d’un immeuble détenu en monopropriété dont le DPE est F ou G. 

Combien ça coûte ?
Comptez 400 à 600 €/m² pour obtenir une rénovation performante de votre maison, soit le passage d’une étiquette G à B ou C. Les experts estiment généralement à 15 000 € le coût pour gagner une classe énergétique. Quelques exemples de prix pour certains équipements. Pompe à chaleur : 15 000 €, chaudière à granulés : 20 à 25 000 €, poêle à granulés : 3 000 à 5 000 €.
L’évaluation du coût d’une rénovation performante d’une copropriété est plus difficile car les exemples sont rares et les travaux très différents d’une résidence à l’autre, selon la configuration de l’immeuble, sa taille... Mais des travaux permettent cependant d’améliorer la performance énergétique des logements. Une résidence située à Saint-Germain-en-Laye (78) et classée E au DPE a pu passer à C après des travaux importants pour un coût moyen par appartement atteignant 27 000 €.

Isolation intérieure au programme. « Dans ce cas, il faut isoler par l’intérieur », conseille Dimitri Molle, président de Sénova, une agence de maîtrise d'oeuvre qui accompagne les copropriétés dans leur démarche de rénovation énergétique". « Si on envisage des travaux d’envergure dans son logement, il faut profiter de cette occasion pour le faire. On peut obtenir une isolation performante avec un isolant d’une épaisseur de 10 cm. » Les fenêtres dotées d’un simple-vitrage seront changées par des baies avec double vitrage. Une ventilation mécanique contrôlée devra être aussi installée. Plusieurs cas de figure sont possibles. Des conduits collectifs verticaux existants peuvent être parfois réutilisés pour la VMC. Dans les pièces humides, un extracteur d’air peut être aussi implanté dans le mur côté cour pour évacuer l’air vicié. « Si la copropriété décide de réaliser une ITE, il est aussi possible de placer les conduits de la VMC dans l’ITE », suggère Dimitri Molle. Attention à la perte de place qui ne doit pas faire descendre la surface sous les 9 m² sous peine que ce local ne soit plus considéré comme un logement.  

Pompe à chaleur collective. Les pertes de chaleur réduites, il faudra étudier le chauffage. Dans le cadre d’un chauffage collectif, les radiateurs sont conservés, seul le générateur de chaleur sera remplacé par un matériel plus performant et donc plus économe en énergie. « L’option la plus courante choisie jusqu’à présent, c’était le gaz », rappelle Dimitri Molle. « Mais il y a d’autres alternatives comme le raccordement de l’immeuble au réseau de chauffage urbain s’il est présent dans la ville ou l’installation d’une pompe à chaleur collective air/eau assurant le chauffage et la production de l’eau chaude sanitaire. Mais l’unité extérieure génère des nuisances sonores. Il faut donc trouver un emplacement qui limite ce bruit, ce qui n’est pas toujours possible. Dernière solution : une pompe à chaleur eau/eau puisant les calories de la nappe phréatique. »

Une rénovation à l’échelle d’un appartement
La rénovation d’un immeuble est parfois rejetée par les copropriétaires réunis lors de l’assemblée générale. Ce qui n’empêche pas pour autant le copropriétaire d’un appartement considéré comme très énergivore avec un DPE G de gagner plusieurs classes, passant ainsi à D. L’isolation de l’appartement peut être en effet réalisée par l’intérieur. Plusieurs options sont possibles : un complexe de doublage composé d’un isolant (polyuréthane) et d’une plaque de plâtre, des isolants sous-vide ou un aérogel qui possède des performances élevées. Les fenêtres simple vitrage seront aussi changées. Si le logement est doté d’une chaudière gaz, des radiateurs électriques à inertie pourront être installés. La production de l’eau chaude peut être assurée, soit par un ballon électrique, soit par un chauffe-eau thermodynamique qui récupère la chaleur de l’air extrait pour chauffer l’eau.

Regrouper ou échelonner ses travaux
Rénover sa maison en une seule fois ? C’est ce que conseillent les experts. « C’est le moyen d’obtenir le meilleur prix auprès des artisans », explique Paul Martin, directeur général d’Ithaque, qui accompagne les particuliers souhaitant rénover leur logement. Et de bénéficier de certaines aides publiques comme la prime Bonus sortie de passoire allant de 500 à 1 500 €, selon les revenus des demandeurs. Encore faut-il avoir les moyens financiers. Deuxième solution : étaler les travaux. Possible à condition d’en regrouper certains comme le changement de fenêtres et l’isolation des murs ou les fenêtres, les murs et la pose de la ventilation mécanique contrôlée (VMC). « Mais plus les travaux sont séquencés, plus il risque d’y avoir des problèmes avec la création de ponts thermiques ou une dégradation de l’étanchéité à l’air de la maison », prévient Baudouin de la Varande, co-fondateur d’Ithaque.  

Travaux : mode d’emploi
On ne s’improvise pas spécialiste du bâtiment ! Il faut avoir de multiples compétences pour définir les travaux les plus pertinents. Vous pouvez faire appel aux conseillers de Mon accompagnateur Renov’, le nouveau service public de la rénovation. Ce dernier vous aidera à définir les travaux prioritaires, choisir les entreprises et les devis, préparer votre plan de financement. Autre possibilité : certains bureaux d’études thermiques qui vous offrent les mêmes prestations. Plusieurs solutions sont possibles pour coordonner les travaux : un architecte, un maître d’œuvre. Certaines sociétés proposent des offres globales comprenant l’audit, la recherche de financement et la réalisation des travaux comme Talo. Pour en savoir plus sur les aides publiques, consultez www.france-renov.gouv.fr

Publié par le
Journaliste chez PAP.fr


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