Rénovation : architecte ou décorateur d'intérieur ?

Publié par & le

La rénovation future de votre appartement vous semble un véritable parcours d'obstacles ? Confiez ces travaux à un architecte et/ou à un décorateur d'intérieur. Ils gèreront votre projet de A à Z.

Opéras, musées, équipements sportifs... Si les architectes sont souvent associés aux grandes réalisations architecturales, ils le sont moins pour l'habitat. Et pourtant, ces professionnels interviennent aussi pour l'extension, la construction d'une maison ou le réaménagement intérieur d'un appartement. « Les particuliers font appel à nous pour avoir des idées, concevoir un projet », explique Gaëlle Lissillour, architecte, installée dans le XIVe arrondissement de Paris. « Ils nous sollicitent également car ils ne se sentent pas aptes à porter seuls un projet d'aménagement ou de construction. »

Les missions de l'architecte

L'architecte effectue trois types de missions. Il peut réaliser une première phase d'études pour définir le style architectural du projet qui permettra de préparer la demande du permis de construire. Ce dernier étant obligatoire dans le cadre d'une extension supérieure à 20 m² d'un bâtiment ou de la construction d'une maison d'une surface hors oeuvre nette supérieure (SHON) à 170 m².

Il peut aussi ajouter l'élaboration des plans d'exécution détaillés qui seront utilisés par les entreprises pour la réalisation des travaux. Dernier cas : il assure la mission complète comprenant la conception du projet, l'estimation sommaire qui s'affinera au fur et à mesure du projet, le permis de construire, la consultation des entreprises, le suivi des travaux et la réception du chantier.

Des prix de travaux négociés par l'architecte

Recourir à un architecte permet de bénéficier d'un réseau d'entreprises fiables et de prix compétitifs. Ces professionnels doivent sélectionner les sociétés avec lesquelles ils travaillent. L'architecte définit un document de consultation qui sera envoyé aux entreprises.

Ce document mentionne les plans, les coupes, les matériaux, le plan électrique, les lots gros oeuvre et second oeuvre, les marques des produits, leurs dimensions... Les entreprises envoient à l'architecte leurs devis. « C'est une base de travail qui me permet de négocier pendant deux à trois semaines, précise Gaëlle Lissillour. Je propose au client les entreprises les mieux disantes. Mais c'est lui qui choisit. »

Le client signe un contrat de travaux avec chacune des entreprises. Ce dernier mentionne les travaux prévus, inclut le descriptif, les plans, les devis, le planning des travaux et les pénalités de retard éventuelles.

Un chantier suivi

L'architecte se rend en moyenne une fois par semaine sur place pour assurer le suivi. « J'invite le client à venir aux réunions de chantier, conseille la professionnelle. C'est un moyen pour lui de se rendre compte de la réalité des travaux. »

Le client a aussi l'occasion de répondre immédiatement à certaines questions des entreprises. S'il ne se déplace pas, des photos lui sont envoyées. Un compte rendu rappelant ce qui a été fait et le planning des travaux lui sont systématiquement communiqués.

La réception des travaux

Quelques semaines avant la fin du chantier, une préréception est effectuée. L'architecte et son client listent les éventuelles réserves. Ces dernières sont transmises aux entreprises qui doivent effectuer les réparations nécessaires. La réception sera ensuite réalisée.

Un procès-verbal de réception est rédigé. « C'est une étape essentielle car c'est à partir de la date du procès-verbal que les garanties dont bénéficiera le client sont effectives », rappelle Gaëlle Lissillour. A savoir la garantie de parfait achèvement valable un an, la biennale qui couvre pendant deux ans les équipements dissociables du bâti et la décennale. Cette dernière concerne pendant dix ans les dommages affectant la toiture, les murs...

Différentes rémunérations sont pratiquées par l'architecte. Un forfait est généralement proposé pour des missions de courtes durées comme la réalisation d'esquisses. Ces dernières représentent différents aménagements possibles d'un appartement ou d'une maison.

Autre solution : un pourcentage sur le montant HT des travaux pour une mission complète. Ce pourcentage varie entre 10 et 15 %. Ce chiffre est fixé selon trois critères : le montant des travaux, la complexité du chantier et le temps passé. Plus le montant des travaux est élevé, plus le pourcentage versé à l'architecte diminue.

Une retenue de 5 % du prix total des travaux peut être prévue dans le marché de travaux des entreprises. Elle est soit consignée, soit remplacée par une caution bancaire. Cette retenue est restituée au terme de l'année de parfait achèvement, c'est-à-dire un an après la réception des travaux, faite avec ou sans réserve, sauf opposition motivée du maître d'ouvrage.

La rénovation de la décoration 

Si l'idée de vous lancer dans des travaux trop importants vous effraie... Ou si votre budget n'est pas assez conséquent pour les réaliser et que vous optez pour un relooking en profondeur... Ou encore si vous préférez qu'un professionnel se charge de vous faire des propositions une fois les volumes remis à plat... confiez la décoration à un professionnel. Souvent ces designers d'intérieur collaborent avec les architectes au sein d'un même cabinet et vous proposent une solution clés en main complète.

Sachez que tout ou presque est possible. Par exemple, certains de ces professionnels ont une formation d'ergothérapeute. Ils conçoivent des espaces intérieurs spécialement dédiés aux seniors et aux personnes à mobilité réduite. D'autres sont également jardiniers-paysagistes et
imaginent, réalisent et entretiennent ces espaces de vie que sont aujourd'hui devenus les balcons, les terrasses, les patios, les jardins d'intérieur... 

D'autres se sont spécialisés dans la décoration intérieure écologique. Pourquoi ? Parce que la pollution des appartements est très élevée, et que lors de travaux, elle explose. Acétaldéhyde, acroléine, benzène triméthylbenzène, xylènes, pour ne citer que quelques-uns des Composés organiques volatils, envahissent le logement et s'invitent pour longtemps, très longtemps. Or comme le souligne le très sérieux Observatoire de l'air intérieur, ces COV sont responsables de troubles neurologiques et immunologiques, de désordres respiratoires, rénaux, hépatiques et lymphatiques. Ils sont même à l'origine de certains cancers nasopharyngés, pulmonaires, des testicules, de leucémies. Ils se trouvent dans les matériaux isolants, les peintures, les vernis, les colles, les encres, les moquettes, les tapis, les calfatages siliconés,  les panneaux de particules...

Patricia François, décoratrice d’intérieur, spécialiste en décoration écologique, définit les principes d'une déco écolo et leur mise en oeuvre.

De Particulier à Particulier : Au premier abord, la déco écolo, ça paraît un peu baba cool. Or vous rénovez entre autres des immeubles hausmanniens très chics... Quelle est votre conception de la déco écologique ?

La décoration écologique, ce n'est pas un style mais une démarche qui ne s'enferme pas nécessairement dans les intérieurs scandinaves ou naturels. Ce n'est pas juste poser du bois brut nature. Elle conviendra aux styles ethniques ou chics.

Pourquoi vous êtes spécialisée dans ce domaine ?

Quand j'ai commencé la déco intérieure professionnellement, j'ai voulu ajouter  du sens à mon travail. Je fais attention à ce que je consomme, je voulais proposer la même chose à mes clients, attirer leur attention sur les modes de fabrication, les sensibiliser à la composition des produits. Et parallèlement, on a commencé à parler de plus en plus de la pollution de l'air intérieur et des problèmes de santé qu'elle pose. 

Quels sont vos matériaux de prédilection ?

Mes goûts me portent vers le bois. C'est aussi le matériau le plus écologique s'il provient d'une production locale et écogérée. Et s'il est massif. Le contreplaqué, le mélaminé, ce sont de la poudre, des lamelles agglomérées à la colle. Même si la production est bio, ce qui est très rare, il vaut mieux du bois que l'on assemblera ou que l'on vissera. C'est un matériau qui, en fonction de sa finition, conviendra à tous les intérieurs, baroques comme contemporains.

J'aime aussi les textiles qui apportent la touche de chaleur cosy, la partie créative. Ils sont indispensables même aux intérieurs ultra-design qui jouent le dépouillement. La tendance est aux textiles naturels. Lin, coton, chanvre, soie naturelle, bambou, laine vierge... Ces fibres naturelles ont un coût mais il vaut mieux choisir un coton tout simple plutôt que du polyester. Avec les tissus imprimés il faut faire attention aux encres. 

J'apprécie les matériaux innovants. Les fabricants essaient d'aborder la déco d'une autre façon. Par exemple avec des panneaux en canne à sucre qui n'ont rien à voir avec du papier peint.

A quoi faut-il particulièrement faire attention ?

Plus les matériaux sont naturels, mieux c'est. Le premier réflexe à avoir ?  Regarder les étiquettes et questionner les revendeurs. Même s'ils n'aiment pas trop cela. Le consommateur a le droit de savoir ce qu'il achète. Par exemple les tissus n'ont pas besoin d'un traitement au feu. Attention aux palettes de couleurs et à l'ambiance si l'on veut obtenir un style cohérent.

Les artisans sont-ils intéressés par l'écologie ?

Les peintures naturelles ont mauvaise réputation, la glycéro leur facilitait la vie. Il y a beaucoup d'a priori. Ce n'est pas la même application, c'est tout. Elles sont plus couvrantes. Plus chères aussi, mais on en met moins, on s'y retrouve financièrement. Cela dit, certains ouvriers spécialisés seront de vraies forces de proposition.

Pour aller plus loin...

Avant de confier ses travaux à une entreprise, il est indispensable de faire établir des devis détaillés et de les comparer. Celui que vous signerez aura valeur de contrat et vous engagera, tout...

En passant par un courtier en travaux vous ne vous occupez de rien ! Ce professionnel sélectionnera les entreprises, fera réaliser les devis nécessaires et vous transmettra les meilleures offres.