Paris : les prix de l'immobilier expliquent-ils la baisse de la population ?

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28 Décembre 2018 - Paris a perdu 60.000 habitants entre deux recensements. Les prix des logements très élevés constituent un frein à l'accueil de jeunes ménages, tout comme l'érosion du parc locatif privé, la croissance de la location touristique de courte durée et la forte proportion de logements vacants.

Les chiffres du recensement de la population par l'Insee viennent d'être publiés. Ils sont plutôt inquiétants pour la capitale. Paris a en effet perdu 12.000 habitants par an entre 2011 et 2016 alors qu’elle en gagnait 14.000 par an entre 2006 et 2011. Résultat : la population vieillit et le taux de fécondité est en berne. Et si les prix l'immobilier parisien ou encore le gel d'appartements au profit de locations touristiques, notamment dans les arrondissements centraux donnaient l'une des explications de cette érosion démographique ?

Paris se vide. Entre 2011 et 2016, la capitale a perdu 0,5 % de ses habitants par an. La population parisienne est passée de 2.249.975 à 2.190.327 en l’espace de cinq ans. Paris est le seul département francilien à perdre des habitants. Le solde migratoire reste néanmoins encore positif (+0,7%).

Arrondissements Population Evolution
1er 16 252 -6,8 %
2 ème 20 260 - 11,6 %
3 ème  34 788 -3,7 %
4 ème 27 487 -1,4%
5 ème  59 108  -2,8 %
6 ème  40 916 -6,8%
7 ème 52 512 -9,1%
8ème 36 453 -10,2%
9 ème 59 629 -0,8 %
10 ème 91 932 -2,2 %
11 ème 147 017 -4,9 %
12 ème 141 494 -2 %
13 ème 181 552 -0,9 %
14 ème 137 105 -2,3 %
15 ème 233 481 -2,1 %
16 ème 165 486 -2,6 %
17 ème 167 835 -1,4 %
18 ème 195 060 -4 %
19 ème 186 393 +0,2 %
 20 ème 195 604 -1,2 %

Vieillissement de la population. D'après l'INSEE ce déclin s'explique principalement par le vieillissement de la population, une hausse des décès et conséquence logique une diminution des naissances. Force est de constater qu'il est très difficile pour de jeunes couples en âge d'avoir des enfants de s'installer à Paris, une ville dans laquelle les logements, à l'achat comme à la location, sont aussi rares que chers.

Des prix qui augmentent encore. Selon la dernière note de conjoncture de la Chambre des notaires de Paris, le prix au mètre carré des appartements anciens a atteint 9.550 € en octobre 2018, soit une hausse annuelle de 5,9%. D’après leurs indicateurs avancés sur les avant-contrats, le mètre carré pourrait atteindre 9.650 € en février 2019 et peut-être même les 10.000 € dès le printemps prochain. De quoi dissuader de nombreux acquéreurs qui du coup déportent leur achat en petite et grande couronne, là où les prix sont plus accessibles. Ce n'est pas un hasard si la Seine-Saint-Denis (3.740 €/m² moyen en collectif) et l'Essonne (2.710 €/m²) ont connu les plus fortes augmentations de population.

© Notaires du Grand Paris

Un marché de pénurie. Si la capitale est aussi chère, c'est d'abord parce que l'offre dans le neuf est anecdotique. 310 nouveaux logements étaient en vente fin septembre dernier selon l'Agence départementale d'information sur le logement de Paris (Adil 75). Au troisième trimestre 2018, seuls 73 logements ont été mis sur le marché ! Parallèlement, la vacance reste très importante. Selon l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur) plus de 205.000 logements sont inoccupés à Paris. Les quatre arrondissements centraux possèdent 26% de logements vides ! Facteur aggravant : l'Observatoire des loyers de la région parisienne (Olap) constate une érosion continue du parc locatif privé depuis seize ans. Sans compter le parc privé meublé, qui dépasse les 100.000 unités et alimente les locations touristiques de courte durée. Bref, il n'a jamais été aussi difficile de se loger à Paris !

Paris se démarque des capitales européennes. Selon les notaires du Grand Paris, à l'instar de Londres, les prix parisiens sont totalement déconnectés de ceux prix rencontrés partout ailleurs en France. C'est même la ville qui a connu les plus fortes hausses et a vu ses prix multipliés par 3,9 en 19 ans contre 3,6 à Londres et "seulement" 2,1 à New-York. Autre spécificité de la capitale française : l'écart de prix est plutôt réduit entre les quartiers les plus abordables et les plus chers, ces derniers variant de un à quatre, alors que l'écart va de un à dix à Londres et à New-York. Paris paie ainsi au prix fort son manque chronique de logements.

© Notaires du Grand Paris