Logement : l’impossible défi de la rénovation énergétique

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11 Mars 2020 - Pas moins de 900 000 logements devraient faire l’objet d’une rénovation complète chaque année pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Un objectif ambitieux qui se heurte au financement des travaux et au développement d’entreprises malhonnêtes.

 

La France atteindra-t-elle la neutralité carbone en 2050 ? Les débats qui se sont déroulé lors de la 5 ème journée de la pompe-à-chaleur, organisée par l’AFPAC, ont en tout cas mis en lumière les difficultés que devront surmonter les acteurs de la rénovation énergétique. Que ce soit le reste à charge payé par les particuliers ou le développement d’entreprises aux pratiques frauduleuses.

Objectif : label BBC rénovation. Pour atteindre la neutralité carbone d’ici 30 ans, le parc de logements devra afficher une consommation énergétique conforme au label rénovation soit 80 kWhep/m².an alors que la moyenne du parc atteint 250 kWhep/m².an. Un effort gigantesque qui nécessitera la rénovation complète de 900 000 logements par an selon Marjolaine Meynier-Millefert, coordinatrice du plan de rénovation énergétique. « On ne les atteindra pas », reconnait en toute franchise, la députée de la 10 ème circonscription de l’Isère qui rappelle que la France n’a toujours pas atteint les 500 000 rénovations annuelles qu’elle s’était fixée il y a quelques années, « Notre objectif ? C’est d’avoir plus tard une courbe de croissance qui sera exponentielle ». Indispensable pour espérer combler le retard accumulé au fil des années.

La rénovation énergétique côté bailleurs
Les bailleurs n’échapperont pas à la rénovation énergétique des logements qu’ils louent. A partir du 1er janvier 2021, seuls les particuliers dont le bien est situé en secteur tendu, pourront augmenter le loyer entre deux locations seulement si la consommation énergétique est inférieure à 331 kWhep/m².an. Et d’ici le 1er janvier 2023, les bailleurs ne pourront louer leur logement que si la consommation énergétique est inférieure à un seuil qui n’est pas encore défini. Pour en savoir plus, consultez notre dossier en cliquant ici.

Ma Prime Renov’en 2020. Pour déclencher cette fameuse croissance, la parlementaire mise sur les obligations de rénovation qui s’imposeront aux logements et sur la nouvelle aide Ma Prime Rénov’ entrée en vigueur le 1er janvier 2020. Cette dernière, issue de la fusion entre le crédit d’impôt transition énergétique (CITE) et l’aide Habiter mieux agilité de l’Anah, est accordée aux ménages les plus modestes pour financer la rénovation de leur logement. Les premiers versements interviendront le 1er avril.

Une offre pour financer la rénovation énergétique. Mais cette prime risque d’être insuffisante car même si elle finance une part conséquente de l’investissement, le ménage doit assumer un reste à charge. Selon la direction générale de l’énergie et du climat, il reste entre 1 000 et 4 000 € à payer au ménage aux revenus très modestes ayant acheté une pompe-à-chaleur air/eau. Une problématique intégrée par la Capeb qui propose d’ores et déjà à ses adhérents artisans une offre incluant le montage du dossier du particulier pour bénéficier d’aides financières comme les CEE et un financement pour le reste à charge.

Le bâtiment paré pour rénover les logements. Si la demande de rénovation augmente les prochaines années, encore faut-il que les acteurs du bâtiment soient au rendez-vous. Pour l’union des métiers du génie climatique et la plomberie qui rassemble notamment les installateurs de pompe-à-chaleur, cela ne fait aucun doute : « Les entreprises sont suffisamment nombreuses pour répondre à la demande », déclare l’un de ses représentants qui rappelle tout de même que ses adhérents installent encore en 2020 des pompes-à-chaleur vendues l’an dernier, preuve que les professionnels disposent d’un carnet de commandes déjà bien fourni. Plus que le nombre de professionnels, c’est la formation qui, selon Marjolaine Meynier-Millefer pose problèmes. La députée pointe en effet une inadéquation entre la formation délivrée et les besoins des entreprises et souhaite une réactualisation des formations.

Les entreprises éco-délinquantes attirées par la rénovation. Certains chantiers réalisés par des entreprises peu scrupuleuses recèlent des malfaçons. Une isolation facturée un euro a été par exemple à l’origine d’un incendie chez un particulier. Même si ces rénovations représentent une part infime de l’activité, elles font en revanche du tort aux professionnels oeuvrant de longue date dans le secteur du bâtiment. Pour inciter les particuliers à engager des travaux, il faut les rassurer et éliminer les entreprises peu scrupuleuses qui se sont lancées sur le marché prometteur alléchées par les aides publiques. Une démarche dans laquelle se sont engagés les organismes délivrant des qualifications professionnelles comme Qualifelec, Qualibat. « Nous allons plus loin en étudiant le parcours du fondateur de l’entreprise, le capital social, ses méthodes de vente, sa présence sur les foires », énumère Eric Jost, directeur général de Qualibat.

Des entreprises de la rénovation au crible. La lutte contre les entreprises malhonnêtes passe aussi par une collaboration plus étroite entre organismes délivrant les qualifications et fournisseurs d’énergie soumis à une obligation d’économies d’énergie. Ces derniers devant en effet inciter les consommateurs à réduire leur consommation d’énergie par l’acquisition d’équipements. EDF consulte ainsi les organismes qualificateurs avant de nouer un partenariat avec une entreprise qu’elle référencera. Spécialiste de la rénovation énergétique, Effy, qui a son actif 100 000 chantiers par an, se montre très vigilant sur les notations données par ses clients aux entreprises comme le rappelle Frédéric Hutzmann, président d’Effy qui travaille avec 2 000 partenaires : « Si les notations sont mauvaises, nous enquêtons ». En 2019, 200 sociétés ont été écartées, une structure financière jugée insuffisante constituant la première raison de leur exclusion.

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