Construction de logements : les raisons de l'effondrement

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29 Juillet 2014 - Plongeon des permis de construire et des mises en chantier : l’été est meurtrier pour un secteur de la construction qui paie au prix fort la crise qui touche les marchés de l’immobilier neuf. Une situation qui risque de durer malgré le plan de relance lancé fin juin par le gouvernement.

Depuis près de deux ans, les autorisations de construire et les mises en chantier s'écroulent. Une descente aux enfers confirmée par la note de conjoncture du ministère de l'Ecologie parue hier. Entre avril et juin 2014, le nombre de permis accordés perd 12,5 %, les logements commencés s'effondrant de 19,3 %. Sur un an, entre juin 2013 et juin 2014, 387.748 logements ont été autorisés (- 20,2 %) et 305.654 ont été commencés (- 10,7 %).

Neuf : les mises en vente plongent. Les promoteurs s'adaptent à un marché au point mort. « Afin de contenir des stocks élevés dans ce contexte de faible niveau des transactions, le nombre de logements mis en vente est en forte baisse : - 31,5 % si l'on compare le premier trimestre 2013 au premier trimestre 2014 », indique la dernière enquête sur la commercialisation des logements neufs du ministère de l'Ecologie. Laquelle de souligner que les abandons de programmes bondissent de plus de 30 % sur un an.

Les ventes reculent chez les constructeurs. Entre juin 2013 et juin 2014, les ventes des constructeurs de maisons individuelles baissent de 8 % d'après l'indicateur spécialisé Markémétron/Caron Marketing du 25 juillet 2014. Ces professionnels devraient commercialiser un peu moins de 100.000 villas cette année, contre 106.000 en 2013, 128.000 en 2012 et 143.300 en 2011.

Inquiétude dans le secteur social. L'Union sociale pour l'habitat, qui fédère les organismes HLM, a publié un communiqué le 10 juin dernier, pour « faire part de son inquiétude face aux signes de ralentissement de la production de logements sociaux constatés ces dernières semaines ».

Nouvelles aides au logement. Le gouvernement a annoncé, au début de l'été, des mesures pour relancer les ventes donc la production de logements neufs. Le Prêt à taux 0 % Plus (PTZ+, le principal outil d'aide à l'accession à la propriété dans le neuf) est recalibré pour toucher un plus large public. L'avantage fiscal dédié aux investisseurs en locatif dans le neuf (le dispositif Duflot) est augmenté et ses conditions assouplies. La déduction d'impôts va passer de 18 à 21 % du prix du bien et les plafonds de loyers seront relevés en zones tendues.

Faciliter la construction. Le gouvernement a ouvert le chantier de la simplification des normes. Actuellement au nombre de 3.700, elles ralentissent et complexifient l'acte de construire. L'Etat compte également accélérer la vente des terrains publics pour alimenter un marché du foncier à bâtir marqué par la pénurie.

Plan de relance : peut mieux faire. « Le coup de pouce donné au PTZ+, s'il est positif, n'améliore la solvabilité des familles qu'à la marge », pointe Christian Louis-Victor, le président de l'Union des maisons françaises. « Les accédants modestes, dont le nombre a fondu de moitié en deux ans, ont besoin de davantage d'aides. » Pour François Payelle, le président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) : « l'augmentation du taux de l'avantage fiscal dédié à l'investissement locatif et l'assouplissement de ses conditions devraient relancer ce marché qui est loin d'avoir atteint les objectifs annoncés lors de sa création ».

Des chantiers foncièrement compliqués. La simplification des normes mettra du temps à produire ses effets. Elle ne concernera que les logements qui seront lancés dans les prochaines années. Quant aux terrains à bâtir, les professionnels saluent la volonté de l'Etat de mobiliser le foncier public. Ils estiment qu'il faut aussi inciter les propriétaires privés à remettre leurs parcelles sur le marché via la création d'un régime fiscal incitatif. Mais convaincre Bercy de lâcher la bride sur certaines recettes ne sera pas simple au vu de la tension budgétaire actuelle.