Changement climatique : quel impact sur le logement et les assurances ?

Manuel Apruzzese
Mis à jour par
le 10 février 2022
Journaliste chez PAP.fr

Vers 2050 les conséquences du réchauffement climatique sur le logement seront concrètes. Inondations, sécheresses, grêles frapperont plus fort et plus souvent. De quoi inquiéter les assureurs… Et les particuliers. Etat des lieux et conseils pour anticiper.

© Boris Jordan Photography/Getty Images

Inondations et sécheresse plus fréquentes et plus importantes, orages de grêle plus violents : les conséquences du changement climatique se font déjà sentir. Très concernés (ce sont eux qui indemnisent), les assureurs anticipent ce qui risque de se passer à l’horizon 2050. « En tant qu’assureur, Covéa est aux premières loges pour en observer et en mesurer les conséquences : la charge des sinistres du marché français a d’ores et déjà triplé depuis la fin des années 1980 et toutes les projections montrent que ce phénomène s’amplifiera encore fortement dès la prochaine décennie », écrit Paul Esmein, directeur général adjoint de Covéa (MAAF, MMA et GMF) dans la préface de leur livre blanc sur ce sujet brûlant. Avant la publication prochaine du nouveau rapport du Giec, le groupe mutualiste tire le signal d’alarme.

La France en première ligne. En Europe, avec 26 700 morts et 99 milliards d'€ de dommages la France est, après l’Allemagne, le pays qui a enregistré le plus de décès et de dégâts au cours des 40 dernières années. Des chiffres souvent méconnus mais qui font froid dans le dos… Et surtout qui risquent d’augmenter dans les prochaines décennies.

Une sinistralité qui va exploser. Avec le réchauffement climatique Covea prévoit, en France, une augmentation de 110 % des dommages dus aux inondations, de 130 % pour les crues torrentielles, mais aussi une hausse de 60 % de la sinistralité liée à la sécheresse et de 20 % pour celle liée à la grêle. Aucune prévision en revanche concernant les tempêtes. Des chiffres qui donnent le tournis.

Les inondations vont coûter très cher. Près 21,6 milliards d’€ d’indemnisation cumulée ont été versés entre 1982 et 2020 : voilà ce qu’ont coûté les inondations aux assureurs ! Les inondations torrentielles étant les plus destructrices et les plus coûteuses, comme l’a montré celle de Vallée de la Roya. Là encore, les perspectives ne sont pas réjouissantes. Les experts de Covéa prévoient que les pertes liées aux inondations par débordement devraient augmenter de +95 % à +110 % à horizon 2050 tandis que celles qualifiées d’épisodes méditerranéens ou cévenols verraient leur fréquence augmenter sur l’ensemble du territoire. Leur sinistralité devrait augmenter de +130 % d’ici 2050.

La sécheresse deuxième cause de sinistralité. Après les inondations, le risque sécheresse constitue le deuxième poste d’indemnisation. Entre 1989 et 2020, le coût cumulé de la sécheresse s’est élevé à près de 15,2 milliards d’€ pour le marché de l’assurance, rappelle le Livre blanc. Pas de morts mais des maisons fissurées. Le Bassin parisien, les Hauts-de-France, le Centre-Val de Loire et Midi-Toulousain seraient les régions les plus affectées par les phénomènes de dilatation et de rétractation de l’argile. L’augmentation de la sinistralité en France en lien avec la sévérité́ des sécheresses est évaluée à 70%.

La grêle causera aussi beaucoup de dégâts. Toutes les régions devraient voir une augmentation significative des orages de grêle, avec quelques nuances : la moitié Nord de la France connaîtrait la plus forte hausse du nombre d’orage de grêle. A l’horizon 2050, une progression de leur fréquence de 38 % est envisagée ! Une évolution qui se traduirait là encore par une hausse de la sinistralité de 20% notamment pour les branches auto et dommages aux biens.

Les tempêtes pourraient être moins nombreuses. Seule bonne nouvelle du Livre blanc : les tempêtes, qui représentent le 1er poste de sinistralité hors catastrophe naturelle pour le secteur de l’assurance dommages en France, ne connaîtraient pas d’augmentation de leur fréquence ni de leur intensité à l’horizon 2050.

Seule solution : la prévention ! Comme le mentionne le rapport, la prévention est appelée à devenir « un axe majeur dans l’adaptation de l’habitat face aux défis du changement climatique. » Des programmes en ce sens sont déjà lancés. « Des expérimentations sont menées pour équiper les maisons située sen zones inondables de portes étanches ou de batardeaux en fonction des préconisations réglementaires des Plans de Prévention des Risques locaux. En matière de sécheresse, Covéa teste des solutions innovantes pour réduire le retrait-gonflement des sols argileux par des procédés de traitement des argiles, ou par des méthodes douces de réhydratation des sols durant les périodes de stress hydrique. » précise le livre blanc.

Bien informé. Pour savoir si un terrain, une maison ou un immeuble sont concernés par des risques naturels, il faut consulter le Plan de prévention des risques naturels prévisibles (PPRNP) en mairie. En cas de vente ou de location, le vendeur ou le bailleur doivent intégrer un état des risques et pollution dans le dossier de diagnostic techniques . Rappelons également que depuis octobre 2020, les vendeurs de terrains situés dans des secteurs à fort aléa de retrait-gonflement des argiles doivent obligatoirement fournir une étude de sol à leur acheteur. Pour savoir si un bien est concerné par un risque naturel et technologique, les pouvoirs publics ont mis en place un site très pratique : www.errial.georisques.gouv.fr


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