Immobilier de particulier à particulier

Nouvelles façons d'habiter : les habitats mobiles et légers en 10 questions

Pour tous ceux qui ne veulent pas d'une maison traditionnelle mais rêvent d'un habitat alternatif, de nombreux autres types d'habitat existent. Ils apportent également une solution à ceux qui disposent de peu d'argent et à ceux qui aiment la vie nomade.

Dans la France de 2015, tout le monde ne vit pas dans une maison ou dans un appartement… Quels sont les habitats alternatifs ? Quels sont leurs propriétaires ? A quelle législation sont-ils soumis ? Le tour du sujet en dix questions.

© La Tiny House

1) Les habitations mobiles et légères, c'est quoi ?

Sont ainsi désignés les habitats non traditionnels, les habitats éphémères, les habitats mobiles et les habitats démontables constituant l'habitat permanent de leurs utilisateurs.

© La Tiny House

Concrètement ces habitats alternatifs sont les mobile homes, les caravanes, les Tiny Houses venues des Etats-Unis, les tipis, les yourtes en feutre de Mongolie, les wigwams des Indiens des forêts nord-américaines ou même les wall tents canadiennes et les tentes inuits.

© tipi-tente.com

Des habitations ultra-modernes sont également créées par des architectes et des designers.

© Ecocapsule by Nice Architects

2) C'est original, mais c'est pour qui ?

Ce mode d'habitat n'est pas aussi marginal que l'on pourrait le penser. En France environ un million de personnes vivent actuellement dans des habitations mobiles et légères. Elles appartiennent à tous les statuts sociaux et culturels : artisans, étudiants, ouvriers, saisonniers, forains, gens du voyage, artistes, sportifs, thérapeutes, personnes en situation précaire…

© Le Fabricant des Carpates

Pour nombres de ces personnes la vie nomade est leur mode de vie traditionnel. Certaines adoptent ce mode de vie par choix, par militantisme anticapitaliste ou écologique. D'autres sont contraints pour des raisons de précarités économiques de vivre ainsi tandis qu'un nombre croissant de personnes sont simplement séduites par un mode de vie alternatif.

© tipi-tente.com

3) Des habitats fédérateurs ?

Un vrai mouvement s'organise souvent autour de ce type d'habitat. La communauté des adeptes des Tiny Houses (qui signifient maisons minuscules en anglais) par exemple.

© La Tiny House

Le mouvement Tiny House est né aux Etats-Unis. Il y a une dizaine d'années mais il s'est réellement développé après le passage de l'ouragan Katrina en 2005 et en conséquence de la crise immobilière des subprimes de 2008. La Tiny House, imaginée par le designer Jay Shafer, est devenue une vraie tendance. Il suffit de voir le nombre de comptes Twitter qui lui sont dédiés. Un magazine lui est même consacré, et certaines comme les Tiny Heirloom sont très chics.

© La Tiny House


© La Tiny House

Les premières Tiny Houses françaises connaissent un vrai succès. Pour les découvrir, rendez-vous sur le site Tiny House.com, la petite maison écologique sur roues, qui a mis en ligne une vidéo qui vous explique en détail comment elles sont conçues et réalisées. Ou connectez-vous au site du quotidien Libération qui vient de consacrer un papier aux Tiny Houses.

4) Combien coûte ce type d'habitat ?

Les habitations mobiles sont des habitats millénaires qui ont fait leurs preuves. Ils présentent une belle longévité et résistent bien aux intempéries. Ce ne sont pas des gadgets : les yourtes sont par exemple fabriquées en France par des artisans selliers dans des matériaux de qualité tels que la laine de mouton.

Cette yourte traditionnelle mongole est proposée par la société Gandan. www.gandan-yourte.com© Gandam Yourte

D'autres yourtes sont réalisées par des maîtres artisans en Mongolie. Le mobilier qui permet de les équiper est souvent proposé.

© Gandam Yourte

De plus ce sont des habitats repensés pour le XXIe siècle. Leurs baies sont à double-vitrage, leur laine ont reçu un traitement déperlant et anti-UV. Tout cela pour un prix modique.

© tipi-tente.com

On peut trouver des yourtes de 15 m2 à moins de 3.000 €. Un grand modèle de quelque 125 m2 coûtera environ 25.000 €.

© Gandam Yourte

Les tipis sont beaucoup moins coûteux, même avec un plancher. Un grand modèle vaudra quelque 4.000 €.

© tipi-tente.com

Les prix des mobile homes varient entre 20.000 et 50.000 €. Des artisans fabriquent des roulottes en bois tout confort à partir de 11.000 € mais aussi des modèles de luxe qui sont de vraies maisons sur roues.

Pour une Tiny House, il faut compter en moyenne 25.000 € pour une surface de 10 m2 avec fenêtres double-vitrage, gazinière, four, réfrigérateur, table, douche, toilette sèche, lit en mezzanineLes modèles en autoconstruction sont moins coûteux.

5) L'habitat mobile et léger est-il mal aimé du législateur ?

Fin 2010, le projet de Loi Loppsi 2, des ministres de l'Intérieur Mme Alliot-Marie et Brice Hortefeux, veut permettre aux préfets d'évacuer des installations illicites en 48 heures, mais l'article incriminé sera censuré par le Conseil Constitutionnel. En 2011 le député Léonard veut renforcer l'interdiction d'habiter à l'année dans les campings et espaces de loisirs. Ce projet de loi sera également censuré.

© Le Fabricant des Carpates

Lors de son passage au ministère du Logement et de l'Égalité des Territoires, Cécile Duflot a voulu faire évoluer la prise en compte de la diversité des modes d'habitat en y incluant l'habitat mobile et léger mais s'est heurtée à l'hostilité des législateurs.

En matière d'expérimentations citoyennes, l'ancienne ministre du logement, Sylvia Pinel, n'a pas suivi l'exemple de sa prédécesseur et semble vouloir favoriser exclusivement l'habitat participatif. Emmanuelle Cosse, qui lui a succédé le 11 février 2016, ne s'est pas prononcée sur la question.

6) Quelle est la loi aujourd'hui ?

Toutefois le vide juridique entourant l'habitat mobile et léger, la yourte en particulier, était devenu source de conflits entre municipalités et particuliers. C'est pourquoi la loi Alur a modifié l'article L 121-1 du Code de l'urbanisme afin de faire référence aux « résidences mobiles ou démontables » et non plus seulement aux caravanes. Un décret d'application du 27 avril 2015 affine les règles de nombre de points et les mesures listées dans ce décret de la loi Macron sont entrées en application le 1er juillet 2015. Selon la notice du décret, un des objectifs du texte est « de prendre en compte l'ensemble des modes d'habitat ».

Selon la nouvelle définition donnée par le décret, une habitation mobile est une résidence aisément démontable à tout moment. Ses utilisateurs y résident en permanence ou au moins huit mois par an. Ce sont des habitats qui ne possèdent pas de fondation mais disposent d'équipements intérieurs ou extérieurs.

Le décret énumère les formalités indispensables à leur installation. Le plan local d'urbanisme (PLU) définit les terrains sur lesquels ces habitations mobiles ou démontables peuvent être installées, que ce soit en zone urbaine ou bien dans des zones en principe non constructibles comme des parcelles agricoles, naturelles ou forestières. Le propriétaire du logement devra remplir une déclaration préalable. Sauf au cas où il installerait « au moins deux habitats, constituant une surface de plancher totale supérieure à 40 m² ». L'obtention d'un permis d'aménager sera alors exigée.

Si le terrain n'est pas desservi par les réseaux publics (eau, assainissement, électricité), il pourra être autorisé à installer ses propres équipements. Encourager l'autonomie des habitations (grâce au photovoltaïque, à la filtration de l'eau…) laisse les municipalités libres d'investir ou non dans de nouveaux réseaux. Lorsque la « résidence démontable » n'est pas raccordée aux réseaux publics, une attestation devra être fournie. Elle permettra « de s'assurer du respect des règles d'hygiène et de sécurité, notamment de sécurité contre les incendies, ainsi que des conditions dans lesquelles sont satisfaits les besoins des occupants en eau, assainissement et électricité ».

© Ecocapsule by Nice Architects

De nouvelles règles s'appliquent aux campings, aux « habitations légères de loisirs » telles les bungalows et les « résidences mobiles de loisirs » comme les mobile homes. Pour ces deux derniers types d'installations, certains éléments amovibles (auvents, rampes d'accès, terrasses...) se voient dispensés de formalités au titre du Code de l'urbanisme à condition qu'ils soient « facilement et rapidement démontables », sans scellement au sol.

Autre nouveauté à remarquer : l'aménagement de terrains « destinés aux aires d'accueil et aux terrains familiaux des gens du voyage » est à présent soumis à un permis d'aménager.

7) Les propriétaires sont-ils satisfaits de cette législation ?

Le Collectif Yourtes Nature estime que le décret comprend deux points forts : l'abrogation de l'obligation de raccord aux réseaux publics et l'officialisation du droit de vivre à l'année en habitat démontable. Il trouve en revanche regrettable que ce type d'habitations soit toujours soumis au bon vouloir du maire et qu'il faille une révision du PLU pour créer des « secteurs de taille et de capacité d'accueil limitée délimités dans les zones naturelles, agricoles ou forestières, à titre exceptionnel ».

Les yourtes : l'habitat convivial par exellence.© tipi-tente.com

Dans une note d'analyse du décret d'application de la loi Alur, la Fédération nationale des associations solidaires d'actions avec les tsiganes et gens du voyage (Fnasat) estime que ce nouveau cadre d'application de la loi « définit précisément la nouvelle notion de résidence démontable et corrige certains oublis en matière d'autorisations d'urbanisme pour certains équipements d'accueil des gens du voyage » mais introduit « la notion floue de terrain familial » et crée « de nouveaux seuils peu cohérents ».

© La Tiny House

L'Halem, qui regroupe les Habitants de logements éphémères ou mobiles, devrait faire paraître sous peu un article sur la loi Alur.

8) L'habitat mobile et léger est-il imposable ?

Selon la loi, « tout propriétaire d'une résidence mobile terrestre (caravane, camping-car) qui l'occupe à titre d'habitat principal doit payer une taxe annuelle. Des exonérations existent toutefois dans certaines situations ».

© La Tiny House
La résidence mobile terrestre est imposable si les quatre conditions suivantes sont remplies simultanément.

  • Être un véhicule terrestre habitable conservant en permanence les moyens de sa mobilité (caravanes, camping-cars)
  • Être affectée à l'habitation en offrant un ameublement suffisant
  • Constituer l'habitat principal (c'est-à-dire ne pas être un logement secondaire ou saisonnier)
  • Être utilisée en France, quelle que soit la durée du séjour

9) L'habitat léger et mobile est-il tendance ?

Oui, et c'est peut-être même l'habitat de demain. A l'heure actuelle nous associons les constructions qui nous environnent à la pérennité. Mais le nomadisme peut être vu comme une innovation sociale et comme le précurseur de l'urbanisme des décennies à venir. Tels les escargots, nous ne déménagerons plus : nous emporterons notre maison avec nous. Inspirés par des exemples célèbres comme la Maison démontable en fer pour colonies des frères Moreau (vers 1889) dont tous les matériaux étaient expédiés depuis la métropole...

La maquette conservée par le CNAM de la maison démontable des frères Moreau entrepreneurs et serruriers.Exposition universelle 1889, Paris.© © Musée des arts et métiers-Cnam/photo Michèle Favareille

... par le prototype de Maison de week-end de Charlotte Perriand (1934) récemment construite par Louis Vuitton à l'occasion de la Design Miami Fair ou par le Cabanon de Le Corbusier au Cap-Martin (1950)...

Le Cabanon de vacances imaginé par Le Corbusier en 1951.© Wikipedia

... les architectes imaginent des solutions adaptées à toutes les demandes d'habitat.

10) L'habitat alternatif peut-il convenir à tous ?

Oui. Les nomades qui aiment le luxe opteront par exemple pour le LoftCube, dessiné par l'architecte allemand Werner Aisslinger. Cette maison mobile se transporte par hélicoptère et se monte en une seule semaine.

© LoftCube


© LoftCube

A l'opposé, l'habitat léger peut être une vraie réponse à la précarisation. Par exemple la Fondation EDF a soutenu le projet pilote innovant « contre le mal logement » de l'association Habitat et Humanisme.

La Maison qui déménage ! s'est exposée à la Cité des sciences et de l'industrie à la Villette en 2014.© La Maison qui déménage !

« La Maison qui déménage » est une maison éphémère en bois, écologique, montable et démontable. Elle réponde aux normes en usage. Fabriquée par des Compagnons, elle peut accueillir une famille avec deux enfants. Elle comprend un salon, une cuisine, deux chambres et une salle de bains. Sa taille - 40 m2 - permet de fixer le loyer à 7 € le mètre carré.

Entre ces deux extrêmes, chacun trouvera le modèle d'habitat qui lui convient. Ceux qui veulent habiter l'espace autrement par exemple. Il ne s'agit pas ici de gens qui s'inscrivent dans une contre-culture « hippie », dans la lignée des communautés des années 1990 mais qui sont séduits par une habitation minimaliste et nomade qu'ils peuvent emporter avec eux. « Ce n'est pas une utopie mais correspond à une vraie demande », comme l'explique Olivier Queste, fondateur de Alter Ec'Home, dans une vidéo consacrée à l'habitat nomade mise en ligne par Leroy-Merlin.

© Alter Ec'Home

Pour ce nouveau public, Alter Ec'Home propose des habitats nomades, baptisés Mobile, en ossature bois et isolé avec de la laine de mouton. Les planchers en structure acier leur confèrent solidité et rigidité, et leur permettent d'être déplaçables à volonté sur simple remorque plateau. Le haut niveau de finitions fait qu'ils sont confortables, sains, durables.

Le Mobile Ec'Home est un habitat aussi petit que sain et confortable.© Alter Ec'Home

Autre possibilité : l'Ecocapsule de Nice Architects, une maison portable futuriste avec panneaux solaires, collecteurs d'eau de pluie et éolienne qui sera mise en vente à la fin de l'année 2015.

© Ecocapsule by Nice Architects


© Ecocapsule by Nice Architects

On pourra aussi s'inspirer des très jolis modèles de l'architecte Ian Whittaker.

L'habitat mobile et léger, ce sont également des maisons montables et démontables aussi facilement que des étagères suédoises ! Pour ADN, un bureau de style dédié au design et à l'architecture, le designer Stéphane Mathieu a imaginé « un vaste mécano basé sur les nouvelles lois de construction ». Résultat ? ORK, une maison montable et démontable, totalement passive et facilement constructible sur la terre ou sur l'eau. Conçue pour une famille de quatre personnes, à 90 % écologique, elle vaut 100.000 €. Elle est montable en trois semaines.

Si le terrain où doit être installé ORK se trouve être particulièrement accidenté, le bureau ADN développera une étude supplémentaire gratuite pour permettre la construction.© ADN/Stéphane Mathieu

Il ne vous reste plus qu'à choisir votre maison à roulettes et à prendre la route...

© La Tiny House



Publié par © PAP.fr -